L'Ankou: Le valet de la mort

L'Ankou

 L’Ankou est pour les Bretons le nocher des enfers, le Charon armoricain. C’est un psychopompe chargé de ramasser l’âme des morts. Chez les grecs, Charon était chargé de faire traverser les morts de l’autre côté du Styx, le fleuve des enfers, sur son bateau. Les enfers, pour les grecs, n’était pas l’antre du diable, mais l’endroit où reposait tous les morts. Chez les égyptiens, il y avait un nocher qui était chargé de faire traverser le fleuve ou le Nil aux défunts. C’est une métaphore, il n’est pas précisé de le préciser. Pour les bretons du centre Bretagne, le nocher s’est transformé en charretier. C’était en général le dernier mort de l’année qui était chargé pendant un an de récupérer les âmes des défunts. Ce n’est pas la faucheuse qui reprend la vie comme dans d’autres légendes. Non! L’Ankou ramasse ou récolte les âmes des morts qu’il trouve sur son passage. Quand il ne travaille pas, il séjourne dans les monts d’Arrée, dans la lande. Il y a des tas d’histoires qui circulent sur lui. Ce n’est pas un mauvais bougre, bien au contraire, puisque il est chargé de ramener les âmes dans l’au-delà, Pays des éternels réconforts. L’Ankou est un psychopompe en soi. Autrefois, les légendes disaient que c’était les oiseaux migrateurs qui emmenaient dans leur migration automnale les âmes des défunts dans le Pays des éternels délices, de l’autre côté de l’Océan. Cette croyance remonta à loin. Les égyptiens, les babyloniens avaient leurs sphinx. Un lion à tête humaine munie d’ailes qui protégeaient les défunts. Il y avait aussi dans bon nombre de croyances, les chérubins, les séraphins, zéphyrs, anges, elfes et autres. L’Ankou, comme ces oiseaux migrateurs, passe une année à récolter les âmes. La légende dit que quand on entend des roues d’une carriole brinquebalante et grinçante tapées sur le pavé, la mort va frapper. L’Ankou passe après la faucheuse, nettoyer. Il y a également Jan. Ce forgeron de son état, avait for mauvais caractère. Il pestait, jurait, et se moquait de la religion. De plus, il buvait plus que de raison. Le diable, un jour, intéressé par cette vilaine âme décida de l’acheter au forgeron. Celui-ci ne croyait pas à tout cela, et pour une petite bourse, acceptait le contrat. Le diable lui dit qu’il attendrait que le forgeron ait dépensé sa dernière pièce pour venir récupère son dû. Le forgeron ne croyait pas en toutes ces farandoles. Il ricanait. Mais ce que le diable ne savait pas, c’est que Jan était aussi avare. Sitôt argent empoché, qu’il décida d’aller le cacher sous un arbre. Malheureusement, Jan vint à mourir l’année suivante, d’un abus de mauvais vin. L’Ankou vint récupérer cette âme, bien que celle-ci soit en très mauvais état. À la fin de l’année, l’Ankou ramenait toutes ces âmes de l’autre côté de l’Océan. Mais au bureau de trier les âmes, afin d’envoyer les bonnes vers un repos bien mériter et de jeter les autres dans le seau du diable. Les jugent chargés de cette mission était bien embarrassés. Jan n’avait rien à faire dans le jardin des éternels délices, son âme était bien trop noire, mais les jugent ne pouvaient pas non plus la jeter dans le seau. Le diable avait des principes, tant que la bourse de Jan ne serait pas dépensée, il ne pouvait récupérer cette âme. Alors l’Ankou, pour la première fois, fit refaire à l’âme de Jan le chemin inverse. Il déposa son âme dans les monts d’Arrée. De l’autre côté de l’Océan, personne n’en voulait, l’Ankou qui avait passé le relais au nouvel Ankou devait laisser sa carriole impeccable. Depuis, l’âme de jan erre en peine dans la lande. Il marche en boitant maintenant, et s’aide pour s’éclairer d’une lanterne. Jan n’était pas bon de son vivant, il ne le sera pas dans sa mort. Il trucidera quelques passants égarés qu’il croisera sur sa route depuis tout ce temps. Cela fera du travail en plus à l’Ankou, mais cela donnera au diable plein de mauvais clients. Car Jan est maintenant contagieux, et transmet tout son mauvais penchant à toux ceux qui passeront entre ces mains. Jan a perdu son âme, et ne retrouve pas son argent. Celui qui le trouvera et le dépensera à sa place prendra également la sienne dans le seau du diable. Dans la lande bretonne marche Jan suivit de l’Ankou. Quelle paire font-ils tous deux. La faucheuse peut se reposer, Jan est là, et pour longtemps.

L"Ankou semble être un héritage de la mythologie celtique, et plus précisément du Dieu-père dont la fonction est la perpétuation des cycles vitaux, comme la naissance et la mort, les saisons ou le cycle jour nuit. Bien qu'on lui attribue désormais la faux ou la pique, son arme canonique est le mell benniget ((br) maillet béni). Tout indique sa proximité avec le dieu gaulois Sucellos et le dieu irlandais Eochaid Ollathair, ou Dagda, qui tuent et donnent la vie avec leur arme, maillet ou massue. L'Ankou est une figure panbrittonique de cette fonction, et est appelé Anghau au Pays de Galles et Ancow en Cornouailles. Sa fonction a par la suite été réduite à la seule Mort.

Description

Il ne représente pas la Mort en elle-même, mais son serviteur : son rôle est de collecter dans sa charrette grinçante (karr an Ankoù, karrigell an Ankoù, karrik an Ankoù) les âmes des défunts récents. Remplissant ainsi un rôle de "passeur d'âmes", l'Ankou est à considérer comme une entité psychopompe. Lorsqu'un vivant entend le bruit de la charrette (wig ha wag !), c'est qu'il (ou selon une autre version, quelqu'un de son entourage) ne va pas tarder à passer de vie à trépas. On dit aussi que celui qui aperçoit l'Ankou meurt dans l'année.

Voici comment le décrit Anatole Le Braz dans son recueil de légendes La Légende de la Mort :

« L'Ankou est l'ouvrier de la mort (oberour ar maro).

Le dernier mort de l'année, dans chaque paroisse, devient l'Ankou de cette paroisse pour l'année suivante. Quand il y a eu, dans l'année, plus de décès que d'habitude, on dit en parlant de l'Ankou en fonction :

- War ma fé, heman zo eun Anko drouk. (Sur ma foi, celui-ci est un Ankou méchant.)

On dépeint l'Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d'un large feutre; tantôt sous la forme d'un squelette drapé d'un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu'une girouette autour de sa tige de fer, afin qu'il puisse embrasser d'un seul coup d'oeil toute la région qu'il a mission de parcourir.

Dans l'un et l'autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu'elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l'Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche ; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant. »

Ainsi l'Ankou est un être mouvant, un relais que se passent chaque année les derniers défunts de décembre. Graphiquement il est représenté comme un être sans âge, d'aspect non distinct puisque couvert par une cape, souvent noire (ou d'un linceul). Contrairement aux représentations squelettiques de la Mort, l'Ankou est la plupart du temps représenté comme un être de chair, puisqu'il a été homme un jour. Cependant, les figurations sculptées de l'Ankou de certaines églises (La Martyre) le présentent en squelette aux orbites creuses, armé d'une flèche ou d'une faux.

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