Le déluge à travers le monde

Les îles Canarie ou les sept Grées

Au nord ouest des îles canarie repose le pays des Hespérides

 

Le déluge à travers le monde

 Déluge

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Le Déluge, par Gustave DoréLe Déluge est un mythe répandu dans de nombreuses cultures. C’est aussi le plus ancien. Il relate généralement des pluies catastrophiques et les inondations consécutives qui décimèrent hommes et animaux à l’exception d’un seul couple des espèces qui allaient repeupler la terre ensuite.

 

 Les récits du Déluge 
 Les textes mésopotamiens 

Articles détaillés : Poème du Supersage et Epopée de Gilgamesh

C’est vers 1700 avant notre ère, dans l'Epopée d'Atrahasis ou "Poème de Supersage", repris vers 1200 avant notre ère dans la version assyro-babylonienne "standard" de l'Epopée de Gilgamesh dont l'origine sumerienne remonte, elle, à 2700 avant notre ère, qu'apparaît, avec plus de détails que dans les autres versions, l’épisode d’un homme nommé Ziusudra selon les sources sumériennes, Atrahasis dit "Le Supersage" ou Uta-Napishtim à Babylone ou à Ninive (Mésopotamie antique, Irak moderne). Cet homme fit le récit à Gilgamesh de la colère des grands dieux, qui avaient voulu dépeupler la Terre parce que les hommes, de plus en plus nombreux, faisaient un vacarme étourdissant qui empêchait les dieux de se reposer ; les instigateurs en étaient Anu, Ninurta, Ennugi et Enlil le dieu suprême. Cependant, le dieu Ea des eaux souterraines, protecteur des humains, les avait trahis en prévenant en songe son ami Atrahasis, en lui enjoignant de construire une arche étanchée au bitume et d'embarquer avec lui des spécimens de tous les êtres-vivants. A peine l'écoutille avait-elle été fermée, que Nergal arrachait les étais des vannes célestes, et que Ninurta se précipitait pour faire déborder les barrages d'en-haut ! Adad étendit dans le ciel son silence-de-mort, réduisant en ténèbres tout ce qui avait été lumineux ! Les dieux Anunnaki enflammèrent la Terre tout entière ! Les flots couvrirent même le sommet des montagnes ! Six jours et sept nuits durant, bourrasques, pluies battantes, tonnerre, éclairs et ouragans brisèrent la Terre comme une jarre ! Les dieux eux-mêmes étaient épouvantés : prenant la fuite, ils escaladèrent jusqu'au ciel d'Anu où, tels des chiens, ils demeuraient pelotonnés. Le septième jour, la mer se calma et s'immobilisa, et l'arche accosta au mont Nishir. Atrahasis prit une colombe et la lâcha ; la colombe s'en fut, mais elle revint. Plus tard, il prit une hirondelle et la lâcha ; l'hirondelle s'en fut, mais elle revint. Enfin, il prit un corbeau et le lâcha ; le corbeau s'en fut, mais ayant trouvé le retrait des eaux, il picora, croassa, s'ébroua, et ne revint pas. Alors, Atrahasis dispersa aux quatre-vents tous les spécimens des êtres-vivants qui se trouvaient encore dans l'arche, et fit un sacrifice : disposant le repas sur le faîte de la montagne, il plaça de chaque côté sept vases-rituels à boire et, en retrait, versa dans le brûle-parfum, cymbo, cèdre et myrte. Les dieux, humant la bonne odeur, s'attroupèrent comme des mouches autour du sacrificateur.

Lorsqu'il constata, après le cataclysme, que ses plans avaient été déjoués, Enlil retrouva néanmoins son calme, car il avait fini par comprendre que la disparition des hommes aurait ramené à la situation qui avait conduit à leur création. Il accorda l'immortalité à Atrahasis, mais fit en sorte que les hommes troublent désormais moins la quiétude des dieux, en diminuant la durée de vie des humains, en introduisant les maladies, la stérilité, etc.

 

 Les textes grecs et romains 
 Le mythe de Deucalion: dans la mythologie grecque, le Déluge provoqué par Zeus laisse deux survivants, Deucalion et Pyrrha, qui repeuplent ensuite la Terre ; 4 textes relatent ce mythe :

 Les Odes Olympiques de Pindare : "Chante plutôt la cité de Protogénie où, par l’ordre de Jupiter-Tonnant, Deucalion et Pyrrha, descendant du ciel, trouvèrent leur premier asile, où, sans suivre les lois de la nature, ils propagèrent leur race et firent sortir des pierres un peuple dont le nom seul rappelle l’origine. Consacre-leur des chants harmonieux, mais nouveaux; car si la vieillesse est louable dans la liqueur de Bacchus, la nouveauté prêta toujours des charmes aux accents de la poésie. Je dirai donc qu’à cette époque, un déluge engloutit la terre sous la profondeur de ses ondes ; mais que bientôt, les flots, refoulés au loin, rentrèrent dans les abîmes creusés par la puissante main de Jupiter. Ce couple illustre, ô Épharmoste ! fut la souche de tes magnanimes aïeux. (Olympiques IX-157 -158)
les Meteorologica d’Aristote (Livre I-14) ;

 la Bibliothèque d’Apollodore : " Prométhée avait un fils, Deucalion, roi du territoire de Phthie, et époux de Pyrrha, fille elle-même d’Épiméthée, et de Pandora la première femme. Quand Zeus décida de faire disparaître la race des hommes de bronze, Deucalion, sur le conseil de Prométhée, construisit une arche, et y embarqua tout le nécessaire, puis il y monta avec Pyrrha. Du ciel, Zeus déversa une pluie interminable, et submergea la quasi totalité de la terre de Grèce : tous les hommes furent anéantis, à l’exception de quelques-uns qui s’étaient réfugiés sur les sommets des montagnes proches. Les monts de la Thessalie restèrent isolés, et toutes les régions, en dehors de l’isthme et du Péloponnèse, furent submergées par les eaux. L’arche de Deucalion navigua, ballottée par les flots, neuf jours et neuf nuits durant ; à la fin, elle s’immobilisa sur le mont Parnasse. Quand la pluie cessa, Deucalion sortit et offrit un sacrifice à Zeus protecteur des fugitifs. Alors le dieu lui envoya Hermès, chargé de lui transmettre ce message : quoi qu’il voulût, cela lui serait octroyé. Et Deucalion demanda de pouvoir avoir des hommes. Zeus donna son accord ; Deucalion commença alors à ramasser des pierres et à les jeter derrière lui : les pierres lancées par Deucalion devinrent des hommes, et celles lancées par Pyrrha devinrent des femmes. Depuis lors, par métaphore, les peuples ont pris leur nom (làos) de celui qui signifie la pierre (làas)" (Livre I, 7, 1-2)
Les Métamorphoses d’Ovide (Livre I, 313sq)
Le mythe de Philémon et Baucis s’y apparente également : deux justes, un vieil homme et sa femme, sont sauvés des eaux par Jupiter. (Les Métamorphoses d’Ovide, Livre VIII, 616sq).
Le mythe de l'Atlantide évoqué dans deux textes de Platon : le Timée et le Critias raconte la submersion brutale d'une île sous la mer.

 

 Le récit coranique 
Le Coran parle du déluge et de Noé en ces termes :

«Et il fut révélé à Noé: 'De ton peuple, il n'y aura plus de croyants que ceux qui ont déjà cru. Ne t'afflige pas de ce qu'ils faisaient. Et construis l'arche sous Nos yeux et d'après Notre révélation. Et ne M'interpelle plus au sujet des injustes, car ils vont être noyés.

Et il construisait l'arche. Et chaque fois que des notables de son peuple passaient près de lui, ils se moquaient de lui. Il dit : 'Si vous vous moquez de nous, eh bien, nous nous moquerons de vous, comme vous vous moquez (de nous). Et vous saurez bientôt à qui viendra un châtiment qui l'humiliera, et sur qui s'abattra un châtiment durable ! »

Puis, lorsque Notre commandement vint et que le four se mit à bouillonner (d'eau), Nous dîmes: Charge (dans l'arche) un couple de chaque espèce ainsi que ta famille - sauf ceux contre qui le décret est déjà prononcé - et ceux qui croient. Or, ceux qui avaient cru avec lui étaient peu nombreux. Et il dit: "Montez dedans. Que sa course et son mouillage soient au nom d'Allah. Certes mon Seigneur est Pardonneur et Miséricordieux". Et elle vogua en les emportant au milieu des vagues comme des montagnes.

Et Noé appela son fils, qui restait en un lieu écarté (non loin de l'arche): "Ô mon enfant, monte avec nous et ne reste pas avec les mécréants". Il répondit: "Je vais me réfugier vers un mont qui me protègera de l'eau". Et Noé lui dit: "Il n'y a aujourd'hui aucun protecteur contre l'ordre d'Allah. (Tous périront) sauf celui à qui Il fait miséricorde". Et les vagues s'interposèrent entre les deux, et le fils fut alors du nombre des noyés.

Et il fut dit: "Ô terre, absorbe ton eau! Et toi, ciel, cesse (de pleuvoir)!" L'eau baissa, l'ordre fut exécuté et l'arche s'installa sur le Joûdî, et il fut dit : "Que disparaissent les gens pervers"!» (Coran, XI:36-44)

Cette version du déluge est liée à l'Ancien Testament, mais il y a quelques différences notables. Premièrement il n'est pas dit que le déluge était global -seuls les humains sont visés-, il aurait très bien pu être local, ou mondial mais pas au point de recouvrir les montagnes.Deuxièmement Noé est un prophète dans le Coran et en plus de sa famille, les personnes bonnes, qui croient en Dieu, l'ont suivi dans l'arche.

 

 Autres traces culturelles faisant penser au Déluge
 L'Avesta, le texte sacré zoroastrien 
Ce texte sacré des iraniens zoroastriens constitue la transcription de récits oraux très anciens, d'origine médique. Ce texte ne décrit pas spécifiquement un déluge, mais un épisode de "mauvais hivers qui faisaient tomber la neige à gros flocons", d'un "froid féroce et mortel". Il partage avec les récits du déluge la vision d'un homme juste, le héros avestique Yima, prévenu par le dieu Ahura Mazda de l'imminence d'une catastrophe climatique, et sauvant de la mort une poignée d'hommes, ainsi que les différentes espèces végétales et animales ; toutefois, il est question dans ce récit, non pas d'une arche, mais d'une gigantesque caverne aménagée par Yima sur les conseils d'Ahura Mazda. La tribu des Mèdes était initialement établie au nord-ouest de l'actuel Iran, aux confins de l'Arménie et du Caucase.

 

 On ne peut exclure qu'il s'agisse ici d'un lointain souvenir de la dernière glaciation (Glaciation de Würm), qui s'était terminée à - 8000 environ av. J.C. pour laisser place à la période interglaciaire actuelle, l'Holocène. On peut par ailleurs noter que, si (le début comme) la fin d'une glaciation correspond bien à une transition de phase (passage d'une phase glaciaire à une phase Interglaciaire) dont le paramètre de tension est l'albédo de la Terre (énergie solaire réfléchie par la surface de la Terre, rapportée à l'énergie solaire incidente, paramètre en particulier fonction du pourcentage de la surface de la Terre recouverte par les glaces), et s'il s'agit donc bien d'un phénomène catastrophique au sens de René Thom, pouvant s'étendre sur un laps de temps relativement court comme certains modèles physiques récents semblent le montrer, la fin de la dernière glaciation a pu être, pendant quelques siècles ou même seulement quelques décennies, une période de pluies diluviennes, accompagnées de gigantesques inondations dans de nombreuses régions du monde.

 

 Veda, texte sacré de l'hindouisme 
Dans l'hindouisme, où le premier homme Manu est sauvé par le premier avatar de Vishnou, Matsya. Lui aussi échappe au déluge en construisant un bateau. Manu deviendra par la suite le premier législateur de l'hindouisme ;

 Cath Maighe Tuireadh , récit du « Cycle mythologique » de l’Irlande  
 

Origines bibliques ?
 Les clercs qui ont retranscrit cette légende de l’Irlande celtique l’ont fortement christianisée puisque Cesair (ou Cessair) s’inscrit dans une « généalogie biblique » : elle est la fille de Bith, un fils de Noé, sa mère étant Birren. Quand Bith se voit refuser une place dans l’Arche de Noé avant le Déluge, Cesair prend le commandement d’une troupe de cinquante femmes, accompagnées de trois hommes : Bith, Fintan et Ladra. Ils embarquent pour une navigation de sept ans qui va les mener en Irlande.
La filiation avec Noé et le rapprochement avec la tradition biblique est un rajout tardif, dû aux clercs irlandais qui ont retranscrit le mythe au Moyen Âge.
 Occupation de l’Irlande 
 Au terme de cette errance, ils débarquent en Irlande, en un lieu nommé Dún na mBarc (Bantry Bay dans le Comté de Cork), 2958 ou 2361 ans avant Jésus Christ, selon les sources.
 Les trois hommes ont épousé toutes les femmes, dix-sept pour Fintan (dont Cesair), dix-sept pour Bith et seize pour Ladra. À la mort de ce dernier, ses veuves épousent les deux hommes restants et quand Bith meurt à son tour, Fintan devient le mari de toutes les femmes. Cesair meurt six jours avant le Déluge qui extermine tout son peuple, à l’exception de Fintan qui se transforme en saumon. Après de nombreuses transformations animales, il redevient un homme, pour raconter l’histoire du peuple de Cesair.
 Une légende similaire substitue Banba des Tuatha Dé Danann à Césaire, dans ce peuplement mythique de l’Irlande par cinquante femmes et trois hommes. Ils débarquent deux cent quarante ans avant le déluge et meurent tous de la peste.

Banba (graphie moderne Banbha), dans la mythologie celtique irlandaise, est une reine des Tuatha Dé Danann, son nom signifie « porc », « sanglier », l’animal emblématique de la classe sacerdotale des Celtes 
Elle est la fille de Ernmas et avec ses sœurs Fódla et Ériu, elle forme une triade, véritable personnification de l’Irlande. Elle est l’épouse de Mac Cuill, fils de Cermait, petit-fils du Dagda. Lorsque les Milesiens débarquent, chacune des trois sœurs leur demande de donner leur nom à l’île ; c’est Ériu qui est choisi, mais Banba est utilisé comme allégorie. Elle est parfois assimilée à Macha.
 Dans la légende de Cesair, Banba est donnée pour avoir été la première personne à poser le pied en Irlande, depuis le Déluge.

Dans la mythologie celtique irlandaise, Les Tuatha Dé Dânann (gens de la déesse Dana) sont des dieux qui viennent de quatre îles du nord du monde : Falias, Gorias, Findias et Murias ; de ces villes mythiques ils apportent cinq talismans : la lance de Lug, l’épée de Nuada, le chaudron et la massue de Dagda et la Pierre de Fal.
 Quand les Tuatha Dé Dânann arrivent en Irlande, le jour de la fête de Beltaine (approximativement le 1er mai de notre calendrier), l’île est occupée par les Fir Bolg qui vont être vaincus lors du « Cath Maighe Tuireadh » (la Bataille de Mag Tuireadh) (c’est la cinquième conquête).
Les Tuatha Dé Dânann que l’on retrouve dans nombre de récits sont le peuple mythique de l’Irlande, mais pas exclusivement puisqu’ils se retrouvent, sous des formes différentes et généralement d'autres noms, dans tout le monde celtique. Ce sont des dieux, des déesses, des héros, des magiciennes (Bansidh). Ils maîtrisent le Druidisme, le Savoir et les Arts. Manannan Mac Lir leur fournit des cochons magiques qui confèrent l’immortalité. Mais face aux Milesiens, ils doivent se replier dans le Sidh. Les dieux s’effacent devant les humains, puisque les « fils de Mile » sont les Gaèls.
Leurs trois druides primordiaux sont Eoloas (Connaissance), Fiss (Savoir) et Fochmarc (Recherche).




 Le Popol Vuh, texte sacré de la Civilisation maya:   
  
 La version du Livre du Conseil des Mayas-Quichés que nous connaissons ne date pas de l'époque pré-colombienne, mais fut selon Dennis Tedlock rédigée entre 1554 et 1558, soit une trentaine d’années après la conquête espagnole[5]. Cette version anonyme, dont l'auteur est probablement un religieux maya cherchant à conserver une tradition orale et pictographique très ancienne, était en langue quiché transcrite en caractères latins selon la phonologie espagnole de l’époque. Le manuscrit ne fut découvert par les Européens qu'au début du XVIIIe siècle : le dominicain Francisco Ximénez, qui réussit à l'obtenir des Quichés de Santo Tomás Chuilá (actuel Chichicastenango), en fit en 1701-1703[1] une copie accompagnée d'une traduction en regard, ce qui sauvegarda le texte original, la source ayant ensuite disparu. Cette première traduction, très littérale, est difficile à comprendre. Il en inclut une plus lisible dans Historia de la Provincia de Santo Vicente de Chiapa y Guatemala (1722).

 Tout d’abord est décrite la genèse du monde qui offre certaines ressemblances avec la Cosmogonie biblique. Du néant originel, les Dieux décidèrent de créer le monde, de le rendre matériel et de le peupler de créatures afin d'être adorés. Après la création de la terre, des montagnes, de la flore et de la faune, ils créèrent les premiers hommes à partir de la glaise. Ce premier essai s'étant révélé infructueux, une seconde tentative fut effectuée à partir du bois, mais ces hommes s’avérèrent frivoles, vaniteux et paresseux. Les Dieux les firent donc disparaître par le moyen d'un déluge ; ils périrent ou devinrent des singes. À la fin, dans une ultime tentative ils façonnèrent les hommes à partir du maïs, et la race humaine trouva là sa substance définitive.


 
Le Déluge par Michel-AngeLa Genèse (7-6) date le Déluge de l'an 600 de la vie de Noé, soit, toujours selon la Bible, 1656 ans après la Naissance d'Adam .

De nombreux édifices égyptiens furent construits vers 2700 et 2500 ans avant Jésus-Christ, soit bien avant la date présumée de l'inondation. C’est notamment le cas de la pyramide de Djoser à Saqqarah et des trois de Gizeh. Or, ces pyramides n’ont montré aucun dégât qu’aurait pu causer leur immersion totale durant douze mois. Il en va de même des autres vestiges historiques, retrouvés intacts, telles les grottes de Lascaux, de Chauvet, d’Altamira. Toutefois le Sphinx de Gizeh daté de -2500 , semble avoir subi une érosion par les intempéries d’après le géologue Robert Schoch de l’université de Boston.

Les mythes du déluge sont-ils la mémoire d’un événement réel ? Différents chercheurs ont essayé d’apporter la preuve géologique ou archéologique de l’existence du déluge. D’autres avancent que les événements considérés ne peuvent avoir marqué les différentes civilisations (ils seraient trop anciens, trop lents ou trop lointains), et que ce mythe serait donc une pure invention, ou l’exagération d’un événement local. Le déluge est-il un événement réel et localisable dans le temps et l’espace ? Si pour certains l’universalité apparente du récit et les détails parfois quasi identiques (construction d’une embarcation, nombre de survivants, couples d’animaux à sauver, etc.) tendent à confirmer une catastrophe majeure et planétaire, il peut leur être objecté d’une part que les similitudes les plus fortes s’expliquent avant tout par la transmission du mythe mésopotamien aux religions monothéistes et d’autre part que la présence d’un tel mythe renvoie avant tout au sentiment de fragilité qu’avaient les sociétés anciennes face aux catastrophes naturelles.

 Conceptions géologiques anciennes 
 Tant que les datations des couches géologiques n’étaient que relatives et que l’ordre de grandeur du passé de la Terre était mal établi, les roches sédimentaires et leurs fossiles marins, ont été tenus par les scientifiques occidentaux comme témoins du déluge biblique qui avait recouvert jusqu’aux montagnes. Au XIXe siècle encore les géologues voyaient sa trace dans certains sédiments récents (Pléistocène) : dépôts fluviatiles grossiers présents dans les vallées ou sur leurs versants (appelés pour cette raison diluvium) et dépôts de lœss sur les plateaux (leur homogénéité intriguait et était interprétée comme une décantation limoneuse à la suite d’une gigantesque inondation qui avait déposé le diluvium). Jusqu’au début du XXe siècle siècle, des auteurs ont lié le déluge à un hypothétique effondrement d’anciens continents, ou de ponts continentaux, à la place de l’océan Atlantique.

 Des scénarios fantaisistes ou sujets à caution 
 La thèse de Graham Hancock
La période glaciaire de la Terre (qui est cyclique) aurait formé deux couches de glaces de plus de 16 km de haut, sur l’Europe de l’Ouest, et sur le Canada. Le réchauffement progressif de la planète aurait formé deux immenses mers intérieures, grandes à peu près comme la Méditerranée. La pression exercée par ces deux immenses blocs aurait enfoncé la croûte terrestre, tout en la faisant remonter sur ses bords. Exactement comme lorsque vous appuyez sur un ballon. La fonte des glaces aurait peu à peu fait céder les barrages qui maintenaient ces deux immenses mers, pour finalement provoquer un raz-de-marée de près de 600 m de haut. Parallèlement, la pression de la croûte terrestre se relâchant brutalement aurait provoqué de gigantesques tremblements de terre, tout en ré-immergeant les terres qui n’avaient émergé que grâce au relief dû à la pression. Cette théorie l’aura poussé à rechercher les vestiges des anciennes civilisations sous la mer, et ce pour des résultats proclamés spectaculaires: des blocs mycéniens (de plusieurs tonnes) taillés et traînés sur une centaine de mètres retrouvés à 16 km des côtes. Et des exemples comme celui-ci un peu partout dans le monde (un mythe très répandu évoquait une hypothétique civilisation d’avant Sumer, et la décrivait comme n’étant que côtière). Même si elle met en jeu des processus parfois réels, cette thèse est fortement sujette à caution : l’épaisseur de glace est de l’ordre de 3 km (car la glace flue) et les mouvements de "rebonds" dus à sa mise en place et à sa fonte sont mesurables par les datations des plages étagées. Enfin les raz-de-marée laissent des traces caractéristiques dans les sédiments marins : les hypothèses de Hancock n’ont pas été reçues par la recherche scientifique académique.

 L’hypothèse locale de la mer Noire
 Les géologues américains William Ryan et Walter Pitman (1998) ont présenté, à partir d’une campagne de recherche américano-russe en mer Noire de 1993, des données indiquant un passage assez brutal dans leurs carottes d’un niveau d’eau douce à un niveau d'eau salée qu’ils datent d’il y a 7500 ans ; ils pensent tenir là la preuve de la re-connexion de la mer de Marmara avec la mer Noire qui s’est produite alors par l’entrée de l’eau de mer par le Bosphore. Leur théorie est fondée sur une série d’allers-retours dans l’évolution du niveau marin au moment de la fin des glaciations:

 Le niveau marin baisse suite aux glaciations, et isole la mer Noire de la Méditerranée.
Les glaces fondent sur les plaines ukrainiennes, provoquant un afflux massif d’eau douce en mer Noire. La mer Noire se jette alors dans la Méditerranée, et devient un lac d'eau douce.
À la fin de la fusion, le temps devient plus sec, et la mer Noire n’est plus alimentée. Elle s’assèche progressivement (comme le fait par exemple la mer d’Aral), mais la faible durée de cet épisode ne permet pas à la salinité d’augmenter significativement. La mer Noire est alors un lac d’eau douce, situé sous le niveau de la mer (de l’ordre de 200 m), et toujours isolée de la Méditerranée par le seuil du Bosphore. Les peuplades primitives s’installent sur ses rivages, c’est le début des civilisations agraires.
Enfin, la Méditerranée remonte progressivement, avec la remontée générale du niveau marin. Quand le niveau dépasse celui du seuil du Bosphore, c’est la catastrophe : « les portes du ciel s’ouvrirent », et la Méditerranée tombe dans la Mer Noire en une grande cataracte. Le niveau marin de la mer Noire serait remonté en deux ans de 150 m, inondant plus de 100 000 km² de terre et entraînant, sans doute, un déplacement des populations. La date de la catastrophe, ses conséquences sur les populations, et sa localisation géographique permettent de penser que l’événement pourrait être à l’origine du mythe que l’on retrouvera transcrit dans les récits mésopotamiens (Épopée de Gilgamesh) et plus tard dans la Genèse.
Cette hypothèse s’appuie désormais sur un certain nombre d'autres données qui peuvent sembler des confirmations: trace de cañon sous le niveau de la mer au droit du Bosphore, anomalies encore sensibles dans la répartition des couches d’eau, dépôts marins d’eau douce sous le niveau de la mer et recouverts de sédiments de turbidité, traces de dunes fossiles sous le niveau actuel de la mer…

 Si l’on admet l’hypothèse du déversement catastrophique des eaux par le Bosphore, on peut aussi en rechercher la source dans un épisode sismique sur la faille nord-anatolienne, dans la zone Marmara-Dardanelles, dans cette région sismique la plus active au monde après la Californie. Il est possible que l’exploitation, actuellement en cours, des résultats de l’expédition ASSEMBLAGE (pour ASSEssMent of the BLAck Sea sedimentary system since the last Glacial Extreme) du projet européen éponyme menée en 2004 en mer de Marmara et en mer Noire par l’Ifremer sur le Marion Dufresne éclaircisse la question.

 L'hypothèse du déversement catastrophique n'a toutefois pas fait l'unanimité : ainsi il existe des études géologiques récentes qui récusent la notion d'un remplissage catastrophique de la mer Noire par l'eau de la Méditerranée. La communauté scientifique est donc actuellement divisée sur la question. Trois reconstructions très différentes de l'histoire géologique de la mer Noire sont actuellement proposées : l'hypothèse catastrophiste, une hypothèse gradualiste et une hypothèse pour laquelle le niveau de la mer a souvent oscillé.

  Confrontation de l’hypothèse de la mer Noire aux textes occidentaux 
 Les civilisations des bords de la mer Noire (vers -6000) étaient les proto-celtes, au début de la civilisation agraire : il pouvait donc s’agir d’une population préhistorique relativement dense. S'il a bien eu lieu, un tel évènement a dû être extrêmement traumatisant, largement capable de graver pendant très longtemps la mémoire collective de ces peuplades. À l’Ouest, du côté Grec, la mémoire de la catastrophe a pu être apportée par les invasions doriennes venues du nord de la Grèce, que l’on situe vers 1100 av. J.-C. Compte tenu du débit envisageable pour le Bosphore, et de la faible pente des plaines ukrainiennes et roumaines, l’effet de l’inondation a dû être spectaculaire : la ligne de rivage reculait en moyenne à peu près à la vitesse d’un homme en marche - ce qui est trop rapide pour une fuite à pied, car l’eau progresse plus vite le long des vallées, et finit par piéger les fuyards sur les hauteurs locales. Pour quelques uns, la « planche de salut » a pu être de se confiner dans un bateau, ou de se réfugier dans les montagnes. Le texte des Métamorphoses d’Ovide décrit une telle situation, de façon peut-être un peu anachronique et parfois excessive, mais très saisissante : « Débordés, les fleuves s’élancent à travers les plaines découvertes ; avec les récoltes, ils emportent les arbres, les troupeaux, les hommes, les maisons, les autels domestiques et leurs objets sacrés. Si une maison est restée debout et a pu résister à un tel désastre sans s’écrouler, le faîte disparaît englouti par les eaux et leur assaut fait chanceler les tours dans l’abîme… /.../ l’immense débordement des eaux avait recouvert les collines ; des flots jusqu’alors inconnus battaient le sommet des montagnes.» Selon Apollodore, « tous les hommes furent anéantis, à l’exception de quelques-uns qui s’étaient réfugiés sur le sommet des montagnes proches ». Est-ce en mémoire de ce cataclysme que les Grecs ont d’abord baptisé la mer Noire "Axine" c’est-à-dire « la mer inamicale », avant qu’elle ne devienne plus tard Euxine (ou Pont-Euxin) c’est-à-dire « la mer amicale » ?

 Confrontation de l'hypothèse de la mer Noire aux textes orientaux 
 Les textes orientaux sont beaucoup moins évocateurs que les textes occidentaux ; ils décrivent des sources qui jaillissent de la terre ou sous la mer :

la Bible : « en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent »
le Coran : 54 ,12 : « et nous fîmes jaillir la terre en sources. »
Dans l’hypothèse du déversement des eaux de la Méditerranée par le Bosphore, et sous réserve que celui-ci ait bien eu lieu à une époque suffisamment récente pour que les populations ayant subi ce cataclysme aient pu avoir les contacts directs ou indirects avec le ou les rédacteur(s) babylonien(s) du Poème du Supersage et des rédacteurs de la Bible, l'origine de la montée des eaux de la mer Noire n’a pas pu être comprise par les habitants des rives Est de la mer Noire, situés à près de 600 km du Bosphore. Les « sources du grand abîme » qui soulèvent le niveau de la mer, selon le récit biblique, pourraient alors prendre tout leur sens. L'allusion biblique au mont Ararat viendrait ainsi du souvenir collectif d'une population chassée des côtes escarpées du Caucase par la montée des eaux et réfugiée dans les montagnes (le mont Ararat, à 300 km au sud-est des rives de la mer Noire, est le point culminant de la région, visible de très loin). Dans l'Epopée d'Atrahasis ou Poème du Supersage, on peut lire : "Les dieux eux-mêmes étaient épouvantés : prenant la fuite, ils escaladèrent jusqu'au ciel d'Anu où, tels des chiens, ils demeuraient pelotonnés." L'Avesta de la mythologie zoroastrienne iranienne décrit une gigantesque caverne que Yima aurait aménagée sur les conseils de Mazda, y installant même une lumière artificielle, la peuplant des plus résistants des hommes et des femmes, ainsi que d'un mâle et d'une femelle de chaque animal, oiseau et plante - tous devant subir de "mauvais hivers qui faisaient tomber la neige à gros flocons", un "froid féroce et mortel". De là, ces réfugiés pourraient être passés en Mésopotamie (si les populations à l'origine de ce mythe sont akkadiennes, à moins que celles-ci ne soient d'origine sumériennes, populations dont on admet généralement qu'elles venaient plutôt de l'est de l'Irak), situant donc leur origine du côté de l'Arménie.

Ainsi, les quelques mentions toponymiques identifiées dans les textes antiques situent le déluge au nord d'une ligne mont Parnasse-mont Ararat.

 Confrontation de l’hypothèse d'un séisme et des textes anciens
 À l'Est, deux textes, qui sont les plus anciens, l'Epopée d'Atrahasis ou Poème du Supersage) daté du XVIIIe siècle av. J.-C., intégré dans la version standard de l'épopée de Gilgamesh vers 1200 av. J.-C., évoquent un séisme initiateur du déluge et extrêmement destructeur : « Les assises de la terre immense se brisèrent comme une jarre ».
À l’Ouest, trois textes beaucoup plus récents évoquent un séisme déclencheur du déluge :
le Timée de Platon : « Dans les jours qui suivirent, eurent lieu de grands tremblements de terre, des inondations, et en un seul jour, et une seule nuit fatale, tout ce qu’il y avait de guerriers chez vous fut englouti à la fois dans la terre entrouverte, et l’île d’Atlantide disparut sous la mer » ;
le Critias de Platon : « une île plus vaste que la Libye et l'Asie, et qui une fois après avoir été engloutie lors d’un tremblement de terre » ;
Les Métamorphoses d'Ovide : « Le dieu lui-même a frappé la terre de son trident ; elle a tremblé et par sa secousse a ouvert les retraites des eaux ».
Ainsi certains textes anciens peuvent effectivement porter la mémoire d'un déluge initié par un séisme.

 

Mise à jour le Dimanche, 27 Septembre 2009 14:50  

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