Maitre Henry

Le petit village: extrait

-Maître Henry: « je vous remercie de tous vos précieux conseils, mes amis. Autant pour moi, j'aurais dû faire appel à vos services beaucoup plus tôt. Mais maintenant, il est trop tard. Je me remets au vin et au spiritueux, c'est décidé. Le vin, c‘est bon pour la santé, et ça donne les cuisses roses. Et puis, c‘est un secteur porteur. Je connais deux ou trois propriétaire de château dans le Bordelais qui espèrent en moi.»
-Johnny: « Moi, je connais un château à Marseille, mais c'est un château d'eau. Là, c'est une toute autre histoire. Enfin! C'est la famille Pernod père & Pernod fils qui l'exploitent. Ils mettent ça dans leur pastis, et ils fabriquent même des glaçons ronds. Je ne crois pas que la vente de glaçons ronds soit un marché porteur à Paris. Alors que nous avons le métro glacière juste à côté. Faudrait étudié l'affaire. »
Il y avait à côté de mon bistro, un marchand de confiserie. Je ne sais pas si son activité marchait bien ou pas, mais il était chez moi la majeur partie du temps. De ce fait, les clients qui le connaissaient, venaient le chercher chez moi. Il s'appelait Francesco, mais tout le monde l'appelait la praline, voire coco la praline. Il était super gentil, il offrait un coup à tout le monde dès qu‘il se commandait un verre. On aurait pu en déduire, qu'il n'aimait pas boire seul. Pays, avait repéré le truc, et il ne s'éloignait jamais de la porte, quand la praline travaillait à côté.
La praline rentrait tel un furibond dans l'estaminet, comme à son accoutumé. Je lui servais une momie mauresque. Il attrapait son verre, le levait, et l'avalait en trois secondes. Il m'avait fait signe, en même temps qu'il buvait, de resservir un verre à Pays, puis son index me désignait Maître Henry, puis René, Henriette, et Saïd. Il reposait à peine son verre sur le zinc, qu'il me demandait ce qu'il me devait. Je l'avais anticipé et je lui annonçais la noce. Il me lançait un billet sur le zinc en me faisant signe de la main de garder le reste. Il s'essuyait la bouche et ressortit. Pays calculait combien de verres cela lui faisait de retard. Maître Henry se soupesait le ventre tout en regardant la pendule. Il annonçait qu'il arrêtait la bière, et commandait un pastis. Saïd me demandait si le voisin lui avait bien offert un verre. Henriette refusait, par politesse, puis se ravisait. Elle allait reprendre un dernier Martini Bianco, avec un zeste de citron, dans un verre à pied et propre. Pour une dame, affirmait-elle, c'était plus distingué. Elle aurait voulu rendre la politesse au marchand de bonbon, mais elle n'avait pas eu le temps. La prochaine fois, elle le ferait. René regardait l'heure lui aussi, et calculait. À cette là, il ne devait pas être loin, grosso modo, des six grammes d'alcool par litre de sang. Sa voiture était garée, et fermée. Il ne se rappelait plus vraiment où, mais ce n'était certainement pas loin. Il habitait à trois pâtés de maison de là, il allait faire le trajet à pied. Il commandait donc, la conscience tranquille, un pastis bien tassé. Gaston arrivait, il saluait l‘assemblée d‘un revers de main. Il avançait de sa démarche dandinante. Comme à son habitude, il était impeccable, des chaussures bicolores jusqu'au brushing laqué. François était arrivé quelques minutes avant lui, il sirotait son pastaga attablé à une table du fond de la pièce. Gaston s'accoudait au zinc, le regard distant. Je lui servait un 51 comme d'habitude. Gaston, était l'une des rares personnes que je connaisse, qui puisse faire la différence entre les différentes marques d'anisées. C'était un vrai professionnel du comptoir, il avait plus de trente ans d'expérience derrière lui, même s‘il n‘avait plus toutes ses dents.
-François: « Gaston! T'as vu la mère tape dure ? »
-Gaston: « Ouaih! Je suis passé la voir tantôt. J'y fais un petit tour pour m'assurer que tout va bien. Deux gonzesses toutes seules toute la journée dans un tapis, ça peut donner des idées à des p‘tits julots qui se verraient bien taulier, tu piges? »
-François: « Tu te l'ais déjà basculé la vieille? »
-Gaston: « Tu me connais, j'suis un gentlemen, je sais rester discret sur mes conquêtes. La jeunette qui œuvre derrière le zinc, tiens! Par exemple, et bien, je l'ai initiée aux plaisirs de l'amour, Ouaih! Le droit de cuissage, ce n'est pas fait pour les chiens, tu vois? Avec tout ce que j'ai investi dans le bouclard, j'suis un peu dans mes droits. Depuis, la môme m'appelle Monsieur Gaston, avec la majuscule je vous prie. »
-François: « Toi, t'as toujours su parler aux gonzesses. »
-Gaston: «  Ouaih! Je ne te le fais pas dire. Moi, j'ai un principe. Une gonzesse, c'est comme les poules, pour que ça graille, faut que ça gratte. »
Pays soliloquait devant son verre qui s‘enrhumait: « Je sais pas s'il lui a ramoné la cheminée, mais par contre, je sais qu'il lui a débouché les chiottes. Tout le quartier en parle»
-Gaston: « Moi, monsieur, quand je m'occupe d'une affaire, je n'ai pas peur de me salir les mains. »
Jacques rentrait au zinc. Son arrivée, comme à chaque fois, était remarqué. Il avait dans la façon de se mouvoir, une prestance, une aura, qui ne laissait pas indifférent. En deux mots: sa personne en imposait. Il savait demander les choses avec politesse, tact, et délicatesse. Il avait des arguments que l'on ne pouvait pas refuser. Sa femme le suivait deux pas derrière lui. Elle avait un charme fou, c'était une belle femme d'une vingtaine années. Grande, blonde et toujours élégamment habillée. De plus, elle avait eu une très bonne éducation. C'était une véritable femme du monde. Derrière elle, suivait deux lieutenants de Jacques. Ils avaient fait les meilleures centrales de France. C'était des personnages inquiétants, ils avaient le regard noir. Quand ils vous dévisageaient, cela vous glaçait les sangs. On avait l'impression qu'il cherchait aux tréfonds de votre être, à savoir si vous pouviez, d'une manière ou d'une autre, leur nuire. Au bar, le petit Gégé, que l'on appelait aussi le petit gros, attendait son boss. Lui, en revanche, c'était une personne très sympathique. Enfin, quand on le connaissait bien. Il était de taille moyenne, trapu, tout en muscle. Il était aussi large d'épaule que du coffre. Il devait certainement faire appel à un tailleur pour lui confectionner ses habits sur mesure. Je ne vous parlerais pas de ses pognes aussi larges que des battoirs de lavandière. En revanche, il avait une bonne bouille, et un sourire étincelant qui savait vous apaiser. Il avait la même allure, la même façon de se mouvoir, la même façon d'agir décontractée, que les gens de son milieu. Tout ce que je sais de lui me vient de ses propos. Il était né et avait vécu toute sa jeunesse et son adolescence dans un quartier huppé de Lyon. Ses parents étaient fonctionnaires, et avaient voulu éduquer leurs enfants dans le droit chemin des lois de la République. Gégé n'avait pas eu non plus de mauvaises fréquentations dans sa jeunesse. Ses copains étaient des gosses de son quartier, et tous de bonne famille, promis à de grands destins. Gégé n'avait manqué de rien, ses parents avaient veillé à ce que ses enfants aient les meilleurs moyens, afin de réussir dans la vie. Alors! Que ce passât-il dans la tête de Gégé pour qu'un jour de ses dix huit ans, il aille braquer la banque du bas de sa rue. Il avait attaqué cette agence bancaire avec un pistolet en plastique, grimé d‘un masque de Georges Marchais. Comment avait on pu le laisser entrer dans l'agence déguisé de la sorte, le guichetier était-il miro, à moins que la porte ne soit pas équipé de sas, ni de gâche. Bien évidemment, il n'avait rien emporté. Le guichetier n‘avait pas une tune, et en plus, la B.A.C. l'attendait à sa sortie. Était-ce une plaisanterie de mauvais goût de sa part, un pari idiot. Mais que lui était-il donc passé par la tête. Je crois, qu'il était habité, comme bon nombres de ses amis, de cet esprit anarchique, révolutionnaire, libertaire. Il refusait toute forme de pouvoir, haïssait les interdits et n'acceptait pas de recevoir des ordres. Son père l'avait dès lors renié, ne lui trouvant aucune excuse. Il fut condamné à une peine de prison ferme. Là, il fit véritablement son apprentissage dans la voyoucratie. La prison, ou la zon comme ils disent, n'a rien de glorieux, et personne ne se flatte d'y avoir fait un séjour. Ceux qui y tombent, n'ont qu'à s'en prendre à eux même. Y aller, c'est perdre contre cette société qu'ils combattent de tout leur cœur, sans qu'ils n'aient aucun autre projet alternatif à proposer. Je ne comprenais pas pourquoi, ces gens qui aimaient croquer la vie à pleine dents, qui avaient une frénésie de liberté, ne supportant pas d‘être commandé, prenaient le risque de passer bon nombres d‘années derrière les barreaux. Dans la voyoucratie, il y a une hiérarchie. Tout en haut, il y à les chefs de gang, ou de familles mafieuse. Juste en dessous, les casseurs de tirelires à roulettes, les braqueurs d'agence bancaire ou de bijouterie, en général, ils sont indépendant, même si pour monter leur coup, ils se réunissent en équipe: une dream team. Puis en dessous les hommes de mains, les chauffeurs, les complices, les receleurs...Dans une autre catégorie, on trouvait les escrocs. Ce sont des personnes qui ont beaucoup de personnalité. En générale, ils présentent bien, pire, ils prêtent confiance. Ce sont des hâbleurs qui adorent raconter leurs escroqueries aux amis. Ils ont toujours des histoires incroyables à vous narrer. Ce sont des gens qui préfèrent prendre en douceur, ce que d'autres prennent par la force. Les trafiquants de drogues peuvent faire partie de la première ou de la deuxième catégorie selon l'opportunité. L'époque de la French connection était révolue, et je ne parlerais pas des trafiquants de banlieue. Là, c'est encore un autre monde, sans aucune autre règle que celle du plus fort, sans code de l'honneur, sans limite. Ce sont des gens qui, pour la plupart, sont issus d'un même quartier, qui ont vécu et grandi ensemble. Quand ces banlieusards se retrouvent invités à partager l'hospitalité de l'administration pénitentiaire, ils ne se mélangent pas obligatoirement avec les autres truands. Voilà pour les différentes catégories de la voyoucratie. Et puis il y a tous les autres. Dans les prisons, avant d'être jugé et envoyé dans les centrales des grandes peines, toute une faune se mêle. En prison, on peut croiser également un pauvre type condamné pour conduite en état d'ivresse. Un autre, condamné pour non payement de pension alimentaire. Un troisième pour bagarre sur la voie publique. On y trouve également des gens enfermés pour de petits délits de trafic de stupéfiant, vol en magasin, vol de camion de marchandise...il y a aussi les petits julot casse croûte. C'est une catégorie qui ne bénéficie pas de beaucoup de respect de la part des premières. Être de la tierce qui soutient la gerce, n'a rien en soi de dégradant, si on en fait pas son fond de commerce exclusif. Tous les gros truands, ont des frangines qui turbinent pour eux. C'est juste histoire de lever des liquidités afin de monter des coups, de payer leur noce de comptoir, ou leur dette de jeu. Jamais, ils ne se contenteraient de vivre à leurs dépens. C'est pourquoi, ces julots casse croûte se font généralement taxer de leur distributeur de monnaie en zon, afin de leur redonner le goût du travail manuel. La dernière catégorie est la lie de cette société. Ce sont les pointeurs, entendez les violeurs et les pédophiles. Cette hiérarchie était aussi le reflet de ce qu'elle rapportait financièrement. Le petit gros faisait partie des hommes de main, et des porteurs de valises. Il travaillait pour différents patrons, selon les opportunités. Il avait du répondant, et un gros crédit de confiance dans son domaine. Il avait eu comme dernier boulot, celui d'aller récupérer des sacs de shit au Maroc. Il devait vérifier la marchandise, le bon déroulement des transactions, s'assurer du juste prix et il devait protéger son acquisition des voleurs. Le monde n'était pas sûr. Il n'était pas seul dans cette opération, six autres personnes l'accompagnaient. C'était une force dissuasive. Ils s'étaient rendu au Maroc en voiture, en traversant tout l'Espagne puis, ils avaient traversé la mer en bateau. Là, ils avaient fais leur petites affaires. Ensuite, ils avaient repris un petit bateau super puissant, et ils avaient traversé le détroit de Gibraltar. Ils avaient débarqué sur une plage abandonnée au fond d'une crique. À bord de trois berlines gonflées à bloc, de marque Audi, ils avaient traversé l'Espagne en trombe. À cette époque, il y avait encore des frontières et des postes de douane. Ils avaient passé la frontière sans problème, et ils étaient remontés vers la capitale. Ils circulaient en convoi. Il y avait la voiture de tête, qu'ils appelaient l'ouvreuse, puis le mulet chargé à bloc, et la dernière, la suiveuse. La première donnait des informations en temps réel sur l'état du trafic, sur les douanes volantes et les barrages de police. La seconde transportait la marchandise, et la dernière voiture assurait les arrières, et était prête aussi à venir en aide au mulet en cas de problème. Quand il m'avait raconté ses pérégrinations, j'en avais frémis pour lui. Moi, je n'aurais pas pu passer une douane avec une boite de petit pois sur moi non déclaré, sans rougir, ni bafouiller. Je présentais bien, enfin comme un quidam normal, quoi! Je n'avais rien d'un truand. Quand il m'était arrivé de passer des douanes, dans le cadre de mes vacances, et bien, à chaque fois on fouillait mes bagages de fond en comble. Déjà, j'étais mal à l'aise, je n'avais rien à me reprocher, j'étais innocent, mais j'étais quand même mal dans mes basquettes. Je n'avais pourtant rien à me reprocher. C'est un peu comme quand la maréchaussée m'arrête en voiture, papier ceci, papier cela, certificat machin. Je les trouve, en tremblant d‘émotion. Les cognes, quand ils veulent m'aligner, ils ne se gênent pas. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Une fois, c'était parce qu'un numéro de ma plaque d'immatriculation arrière était décollé, et que l'on pouvait confondre ce chiffre avec un autre. Je n'ai jamais compris pourquoi les constructeurs d'automobiles s'obstinaient à vouloir poser les plaques d'immatriculation sur leur pare-chocs. C'est comme s'ils voulaient les protéger des coups. À Paris, il faudrait changer les plaques tous les six mois. Gégé, lui, avait traversé deux Pays en trombe, et une frontière, avec une voiture bourrée de drogue sans même y penser. Il avait appuyé sur le champignon, uniquement pour ne pas offenser cette berline qui pouvait monter à plus de deux cent. Il n'avait pas ressenti la moindre peur, ni même un soupçon d‘appréhension: il était inconscient, à moins que tout ce qui le motivait, était l'extrême. Je me rappelais l'histoire de ce pauvre gars. La première fois que je le vis, quelque chose en lui m'interpella. Je ne pouvais pas dire quoi. Ce n'était pas parce qu'en rentrant dans le bistro, il m'avait appelé monsieur le patron. Ce n'était pas non plus parce qu'il s'était mis carrément au fond du bar, dos au mur, et qu'il regardait, par un jeux de glace, les gens qui marchaient dans la rue: il n'avait pas l'air à l‘aise. Des gars étaient venus le voir, ils discutaient discrètement. Non, ce qui maintenant devait évidence, c'était son costume rétro, enfin, d'une mode passée d'au moins quinze ans. Un costume propre comme neuf, mais qui sentait quand même le renfermé, comme s'il n'avait jamais été porté. C'était l'homme qui revenait du passé. Je le vis deux ou trois fois, puis j'ai appris que pour gagné un peu d'argent, lui qui était sous la trique des grandes villes, c'est-à-dire qu'il était interdit de séjour dans les grandes agglomérations par jugement de l'administration judiciaire, avait accepté de faire le convoyeur. Mais lui, qui ne devait pas être né sous une bonne étoile, avait été arrêté à une frontière. Les douaniers avaient fouillé sa tire, et ils y avaient trouvé plusieurs kilos de shit. Le pauvre gars, qui sortait tout juste de zon, y retournait, et pour longtemps. Je n'ai jamais connu son nom, ni son prénom, sauf qu'à cinquante berges, il avait passé plus de temps en prison qu'à l'extérieur. Il avait dû manger deux ou trois fois au restaurant, depuis qu'il était sortit. Cela devait le changer de régime, et des flageolaient bouillis. Il n'avait même pas eu le temps de se familiariser avec un téléphone portable, ni même eut la possibilité de se servir d'un ordinateur. La prochaine fois qu'il ressortirait de zon, les hommes auraient certainement leur maison secondaire sur la Lune ou bien sur Mars. Le petit gros était pour l'heure disponible, et recherchait un emploi. Je ne sais pas combien ses activités étaient rémunérées, mais sûrement plus cher que le SMIC. Plus ces gens gagnaient de l'osier, plus il leur en fallait. Ils menaient grand train, certes, mais, quand même, ils n'avaient aucune charge sociale, ni ne payaient aucun impôt. Le petit gros avait une compagne, et un petit garçon. Il était venu une fois avec son fiston manger une glace. Je ressentais dans les yeux de ce gosse, toute l'admiration, tout l'amour qu'il entretenait envers son paternel. Le petit gros était lui aussi plein d'attention touchante envers son fils. Ils avaient une relation intense, mêlant le plaisir et la joie de partager ensemble de bons, et trop rares moments. Ce gosse était très poli et très bien éduqué, chose rare de nos jours, surtout de la part d'un fils de marginal, entre guillemets. J'appris, plus tard, que le petit gros était en cavale. C'est-à-dire que les polices le recherchaient, je ne sais pas pour qu'elle affaire, ni même si c'était grave. Mais le petit gros me disait qu'il ne voyait que rarement sa famille, et quand il passait une nuit auprès de sa femme, il devait lever le camp avant six heure. Pour voir son gosse, c'était un véritable parcours du combattant. Sa femme emmenait leur fils, soit au cinéma, soit dans un musée, et après s'être assuré qu'ils n'étaient pas suivis, elle amenait l'enfant dans un lieu convenu. Je n'arrivais pas à m'imaginer toutes les difficultés qu'il s'était tissé tout autour de lui. Son monde, était loin d'être féerique, mais plutôt cauchemardesque.
Le beau Jacques s'installait au zinc, et demandait à l'assemblée:
« Je suis tombé sur la tournée de qui ? »
Sa femme s'était installé à une table de la salle et elle me demandait poliment: « Vous reste-t-il un peu de pain, Marc, si oui, je prendrais volontiers une assiette de gruyère avec un thé au lait. J'ai une petite faim, vous serez gentil. Je n‘arriverais jamais à attendre jusqu'au dîner.»
-Le beau Jacques: « C'est Maître Henry qui a toussé, ou alors peut-être que, c'est René que j'ai entendu ? Qui tient les cordons de la bourse cette semaine dans votre petit couple. Ne parlez pas tous ensembles, je ne comprends pas! »
-Maître Henry: « Oh! Mon pauvre ami, je suis à sec ce soir, comme d'habitude d‘ailleurs, cela ne t'étonne pas je suppose. Si tu veux, je peux toujours demander à Marc s'il a la gentillesse de rajouter sur ma note tes libations, mais c'est à ses risques et périls. C'est lui qui voit. »
-Marc: « Non merci, c'est gentil, mais je ne pense pas que Jacques accepte de profiter de quelqu'un qui est dans le besoin. »
-Jacques: « C'est toi René que j'entends toussé, parles plus fort, je ne comprends pas bien ce que tu me dis. »
-René: «  Boit un coup mon pote, je n'ai jamais laissé quelqu'un dans la mouise, ni même mourir de soif. Marc, sers lui un verre, et qu'il se taise. Mais pas de blague les gars, je ne paye pas le champagne. Restons humbles. »
-Jacques: « Elle suce beaucoup ta tire? Elle fait du combien au cent? Le pascal jour. Ben! T'aurais peut être intérêt à prendre le métro. C'est sûr, pour des gens de votre standing, ce n'est pas la classe. »
-Maître Henry: « Si tu t'inquiètes tellement pour notre standing, rien ne te défends de nous offrir une voiture neuve, et qui soit digne de transporter des gens tels que nous. C'est vrai, celle-ci a un petit problème de suspension. J'ai le dos tout endolori. Et puis, tu pourrais te charger de vérifier si le plein est fait chaque matin. Nous gagnerions du temps »
-René: « Il est gonflé le gros, je lui sers de chauffeur toute la journée, je le balade là où il le veut, et voilà que maintenant, ma voiture n'est pas assez digne pour lui: Merci du peu! Demain je me mets en livrée et je porte la casquette, juré! Et tu monteras derrière, ok!»
-Jacques: « Il n'est pas très reconnaissant ton pote, toi non plus à ce que je vois. Vous voulez que je vous dise les gars, vous n'êtes que des ingrats. Bah! N'en parlons plus, ce n'est pas grave. Marc, ressert donc mes poteaux avant qu'ils ne meurent de soif, et tu me donneras la noce, moi, je carme cash. »
-Maître Henry: « Je savais bien que l'on pouvait compter sur toi dans les moments difficiles, je ne suis pas sûr d'avoir encore vraiment soif, mais je prendrais volontiers ton verre, pour t'être agréable, bien entendu. »
-Jacques: «  Vous manquez pas de culot les gars, mais j'aime bien cela. Je crois qu'entretenir votre caisse me reviendrait moins cher que de vous payer vos frais de bar. En tout les cas, si je dois investir dans votre affaire, mes mignons, il faudrait arranger un peu vos tenues: je vous verrais bien en bas résille, mini jupe, corsage généreux, talons aiguille, perruque et maquillage. Le jour que je vous verrais accoutrer de la sorte, juré, je gère vos carrières, et je m'engage à vous accompagner personnellement tous les soirs au bois. »
-Pays: « Eh les gars, le jour que vous décidez de vous reconvertir, je viendrais vous voir, si vos prix sont abordables »
-Jacques: « Pour toi Pays, tu peux venir quand tu veux, tu seras toujours mon invité. »
-Maître Henry: « Marc, sers moi le verre qui m'a été si gentiment offert. Cela me changera d'écouter toutes ces fadaises »
-Pays: « J'ai un verre de payer moi aussi ? »
-Jacques: « Marc! Sers également mon pote Pays, et remets une tournée générale. Tu me diras combien je te dois, je te paye. Je ne fais jamais de crédit, car on peut être surpris par le coût des intérêts, si vous voyez ce que je veux dire les gars»
-Maître Henry: «  Tu n'as qu'à choisir un bon créancier, moi, je fait confiance à mon bon Marc, il prête sans intérêt, et sa bière est excellente. »
-Jacques: «  Tu me feras penser, début de chaque mois, de te taxer d'un petit billet. Je peux compter sur toi? »
Les deux lieutenants de Jacques, s'étaient posés à la table de François, et ils discutaient ensemble. L'un des deux était limite. Il s'était fais tatouer sur la tempe droite une toile d'araignée. Cela signifiait qu'il avait une araignée accrochée au plafond, en clair: il était barge. J'étais sorti de derrière mon comptoir pour aller prendre leur commande. Ces deux types étaient glacials, et antipathiques au possible. Je me présentais à leur table, non pas par conscience professionnelle, ni pour augmenter mon chiffre d'affaire, mais pour marquer mon territoire. Ils commandèrent, pour l'un, un bock de bière, pour le second, qui me demandait quel marque de champagne j‘avais, à ma réponse qui ne le satisfaisait pas, me lança: un café noisette. Henriette payait son dû, embrassait quelques bouilles, et partait retrouver son appartement vide. Gaston, se branlait le dentier du bout de la langue. Il jouait, à la belote de comptoir, debout, au bout du comptoir. Maître Henry s'était joint à lui, mais lui, était bien assis sur son tabouret, comme un rocher inébranlable surplombant le vide. Rachid et Hector faisaient le troisième et quatrième joueur. Momo, de l'autre côté du zinc, venait de perdre une partie de quatre cent vingt et un. Il commandait une tournée pour les joueurs victorieux. C'était un grand gaillard, efflanqué, et rongé par sa maladie: l'alcoolisme. Il avait une passion pour ces jeux de dés. Il pouvait y jouer des heures durant. Il avait beaucoup d'humour, et partager sa présence était toujours plaisant. Jacques étaient allé retrouver ses lieutenants, sa femme finissait son thé tout en terminant une grille de mots croisés. Le bar était de nouveau plein, quelques clients, aussi. La fumée envahissait le café dans des volutes enivrantes. Dehors, derrière les vitrines, la nuit retrouvait sa place
Vingt et une heure. Jacques et sa femme rentraient dans leur foyer. Ses lieutenants s'éclipsèrent sans mots dire. François était venu rejoindre la partie de carte, au côté de Gaston et d'Henry.

à suivre............ autre extrait                 page Acueil

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