Marinella

Le petit village: extrait

 

Marinella était très jeune, et déjà fille mère. Elle devait avoir vingt quatre ans à tout casser. Elle était venue de sa province natale pour trouver à Paris la richesse et le prince charmant. Elle n'avait trouvé ni l'un ni l'autre. Elle avait réussi à dégoter un studio en banlieue nord, de vingt cinq mètre carré, au troisième étage d'un vieil immeuble, à la limite de l'insalubrité. Pour ce palace, elle payait deux mille six cent francs par mois, plus les charges, et le sourire de la concierge. Son intérieur était tenu, comme celui d'une jeune mère célibataire, avec un enfant en bas âge, et qui part de l'aube jusqu'au soir travailler: c'était un véritable capharnaüm. Des collants suspendaient un peu partout dans la salle de bain, aux côtés des petites culottes. Des produits de beauté, des lotions de toutes sortes, un paquet de lessive à la main à demi vide, occupaient les étagères en verre de chez IKEA. La pièce principale n'était pas mieux ordonnée, une table en formica trônait en son sein. Elle était encombrée en permanence d'un tas d'objet variés et divers. Les bols sales du petits déjeuner attendaient d‘être lavés, une assiette avec les restes d'une biscote, une cuillère à café, un Marie Claire, des prospectus, du courrier, un cendrier plein, un briquet, une clé anglaise, un joint de robinet, un bâton de rouge à lèvre. Deux chaises à l'assisse recouverte d'une matière plastique décorés de motifs floraux l'encadrait. Contre le mur, un canapé lit sur lequel jonchait pèle mêle des affaires propres avec les sales. Des jouets, des peluches, une cuillère, un pot de Blédina vide, un cube d'un jeu de puzzle, une serviette de bain. Une penderie armoire en formica blanche, sans porte, s'adossait le long d'un mur. Là, miracle, quelques serviettes étaient soigneusement pliées et rangées sur l'étagère du haut. En dessous, des pulls et des tees shits, puis plus bas des affaires d'enfants. Une télévision siégeait sur un petit meuble. Le radio réveil se déclanchait en semaine à sept heure cinq pile. Marinella ouvrait un œil, et regardait l'heure. Encore cinq minutes, pensait-elle et elle se lèverait. Dix minutes plus tard, elle était levée. Alors, la journée démarrait en trombe. Elle réveillait sa fille, la levait, la débarbouillait, l'habillait en alternant la gentillesse et la rudesse: « dépêches toi! Maman doit aller travailler. Sois gentille, bois ton chocolat. Attention! Tu vas t'en mettre partout. Quelle empotée que tu fais. Non, maman n'a pas le temps, dépêche toi! Maman va être en retard à son travail. » La porte du studio claquée, Marinella descendait les escalier aussi vite qu'elle le pouvait, sa fille entre les bras. Arrivée en bas, elle reposait son enfant à terre, en l'invectivant de se dépêcher. Elle lui tenait la main et la tirait sur le trottoir. Deux rues plus loin, elle récupérait sa voiture. C'était une vieille Clio blanche. Elle déposait son enfant à la crèche, en lui recommandant de bien travailler. L'enfant le lui promis. Déjà, ce mot sacré se gravait dans son petit esprit: Travailler!!! Dix minutes plus tard, Marinella garait sa voiture sur le parking de la gare du R.E.R. Elle avait toujours, en refermant son auto, l'appréhension de ne pas la retrouver le soir. Il y avait eu tellement de carcasse de voiture brûlée sur ce parking. Huit heure quinze, elle monte dans une rame bondée. Arrivée à Paris, il faut encore changer de transport et prendre le bus. Marinella regarde sa montre en permanence, elle va finir par être en retard à son travail, si la circulation ne se fluidifie pas. Travail, quel mot magique, qu'elle martèle sans répit, comme si elle avait été mandatée d'une mission divine à effectuer. Debout, solidement accrochée à une rampe verticale, bringuebalée de tous côtés, coincée entre d'autres usagers du bus, Marinella tente de se coiffer et de se maquiller un brin. Neuf heure six, elle arrive finalement à son travail. Elle a six minutes de retard, elle espère ne pas se faire remarquer par son chef de service. Celui là aussi c'était un cas. Il avait dû finir premier à un concours pour enculé, voir même major de sa promotion. Il avait tout pour lui, c'est un petit gros adipeux, mi chauve, avec une interminable mèche brillantinée, qui partait de ses tempes gauches, remontait sur le dessus du crâne pour cacher sa calvitie, et retombait de l'autre côté, sur son oreille droite. Il portait des lunettes avec des verres à doubles foyers. Une petite moustache fine surmontait de fines lèvres violacées. Il adorait les ambiances de merde, et les entretenait. Il fallait sans cesse qu'il y ait une atmosphère délétère. Il adorait les arcanes des services, les ragots, les on dit. Mais, il se présentait, comme un faux cul qu‘il était, étranger à ces choses là. Il aimait recueillir les doléances, les délations, et il savait parfaitement monter les uns contre les autres. Pour lui, le stress était un vecteur optimum pour tirer la quintessence du petit personnel. Je l'appréciais modérément, mais pour une toute une autre raison. Les meilleurs clients, pour mon commerce, de cette entreprise, évitaient mon établissement de peur de se faire prendre un verre à la main. Chose anodine en soi, mais qui, à travers les propos acerbes de ce pequeño jefe, prenaient des proportions dramatiques. Il passait chez moi de temps en temps, l'air badin, pour prendre un café et regarder ce qui s'y passait.
Marinella et Herbert venaient toujours ensembles. Ils étaient tous les deux célibataires, ils s'entendaient très bien, mais, cela s'arrêtait là.
Gorgâni, Ricci, Lucio, rentraient dans le zinc, ils avaient l'air fourbus. J'allais vers eux pour les servir: Ils me commandèrent deux pastagas, une côte du Rhône, et le présentoir d'œufs durs. Gorgâni pestait contre Ricci, il ne comprenait pas ce qu'il avait fait:
« Je ne comprends pas ce que tu as fais, il doit avoir un problème avec ce pot de peinture. Regardes donc Lucio, lui il a bien fait! »
-Ricci: « J'ai bien suivi les indications de la notice. J'ai bien dilué la peinture avec exactement la dose prèscrite, c‘était marqué un quart pour trois quarts. Non, pour moi, c'est le balai qui ne va pas. Pour peindre de la peinture au sol, il faut des outils adéquats, genre raclette, tu vois? Regarde mes mains, et toutes ces cloques. J'ai les paumes en sang. Cette peinture, tu vois, elle est très difficile à étaler. Je ne comprends pas. Pour moi, c'est la peinture qui ne va pas. » Ricci jouait des castagnettes avec ses doigts, à hauteur de ses oreilles. Il devait avoir des idées coincées sous la boite crânienne.
- Gorgâni: « Ce n'est pas qu'elle soit difficile à étaler, ça on s'en fout, c'est qu'elle n'a pas la même couleur que l'autre. Regardes Lucio, il a bien réussis à la poser, lui. C'est de la peinture spécial revêtement pour garage. Elle a une garantie décennale. Je vais aller réclamer au magasin qui me l'a vendu. Au prix qu'ils la vendent, il faut qu'elle soit impeccable. »
-Ricci: « Si tu vas au magasin, prends aussi une raclette spéciale peinture au sol, parce qu'avec le balai, ça va pas. J'ai essayé... »
-Gorgâni: «  Oui! Et je prends aussi un balai neuf. Parce que ce n'est pas avec celui là que vous pourrez nettoyer en fin de chantier. »
-Ricci: « Si Lucio le fait si bien, ton sol, pourquoi ce n'est pas lui qui l'a fait?  Cela m‘aurait permis de finir les murs.»
-Gorgâni: « Ah oui! Les murs, parlons en. Ils sont bicolores c‘est marrant non? Là, ce n'est pas la faute de la peinture cette fois. »
-Ricci: « On a fait comme tu nous a dis. Là aussi j'en aurai à dire. Tu dis que Lucio travaille vite et bien, oui! Il ne peint que ce qu'il peut atteindre. Il a peint les murs sur une largeur d'un mètre, tout ce qu'il avait devant lui. Parce que Lucio, il ne peut pas peindre plus haut qu'un mètre cinquante, et qu'il ne peut pas non plus se plier pour peindre en dessous de ses genoux. Moi, je me suis tapé tout le reste, du sol jusqu'au plafond. Et ce sont les finitions qui prennent le plus de temps, les bordures, les coins. Je n'ai même pas un pinceau arrondi pour bien travailler sans baver...Et pas de brosse non plus... »
-Gorgâni: «  T'es intelligent toi tu sais! On n'est pas payé pour fignoler, mais pour faire un travail propre. Oui, cette bordure large d'un mètre en plein milieu du mur ce remarque. Si au moins cette bande était droite et constante, mais, non, elle fait des montagnes russes. Pourtant, c'était bien la même peinture. Eh bien: c'est pas la même couleur. Je ne comprends pas comment vous travaillez les gars. »
Ricci: « Tout simplement parce que je respecte les consignes qui sont marqués sur les pots. C'est bien marqué qu'il faut diluer la peinture avec du White spirit. Sinon la peinture est trop épaisse pour bien être étalée. Et puis, si Lucio a bien réussi à peindre le sol, c'est parce qu'il à peint la rampe d'entrée du garage. Avec la pente, c'est plus facile. »
-Gorgâni: « T'es intelligent toi, ça ce voit tout de suite. Je ne peux pas lui demander de peindre un sol plat, il a de trop petit bras. Il lui faudrait une raclette de deux mètres. Enfin, Lucio, explique moi pourquoi la bande du mur est plus claire. Comment t'a préparer ton seau, mon grand»
Lucio regardait la télévision au dessus du bar. C'était les infos nationales sur la trois, le son était coupé, mais cela avait l'air de le passionner quand même, plus, du moins, que les problèmes de chantier.
-Gorgâni: « Tu m'écoutes Lucio? Ou bien je t'ennuie.
-Lucio: « Ben! Comme d'habitude, j‘ai rajouté de l‘eau. Je connais le boulot aussi bien que vous les gars, sinon mieux. Faut pas écouter ce qu'il y a d'écrit sur les pots. Il te dirait d'y mettre du Château Margot, tu le ferais toi? C'est des malins ces mecs là. Plus tu consommes de leur produit, plus ils gagnent. Moi, je rajoute de l'eau, c'est tout, jusqu'à ce que la matière me convienne, ni trop épaisse, ni trop liquide. Comme ça, je travaille vite et bien. »
-Gorgâni: « Ouaih! Je ne te dis pas que c'est mal, au contraire, c'est bien. Avec un pot tu en couvres d'avantage, et à moindre prix. Mais vous devriez vous concerter afin que la couleur soit la même partout. Mais! Dis moi, mon grand, tu as fais pareil avec la peinture pour le sol? »
-Lucio: « Ben Ouaih, je n'avais jamais travaillé avec ce genre de peinture, mais ça doit être pareil. De toute façon, je ne lis pas le français, et il n'y a pas d'explication en portugais. Moi je travaille à l'instinct. Parce que si tu ne fais pas cela, tu ne peux pas la tirer mon gars. Tu en chies grave. Et moi, j'ai passé l'âge de m‘emmerder. »
-Gorgâni: « tu as rajouté de l'eau, c'est bien! Cela ne se voit pas. Au contraire cela fait très bien. Je ne sais pas si la garanti s'appliquera si elle se barre dans six mois. De toute façon, on sera payé avant! Et pour la tirer, t'as fait comment mon grand? »
-Lucio: « Ben! J'ai versé le pot en haut de la rampe, et j'ai attendu qu'elle descende toute seule jusqu'en bas. C'est bien fait...Non? »
-Ricci: « Et bien! Merci beaucoup mes copains. Moi, je travaille proprement, et c'est comme ça que l'on me remercie. Moi, ce que je fais, c'est garanti dix ans.  Regarde mes mains dans quel état elles sont. Pour les tuyaux du plafond, la peinture ne tenait pas, mais pour le sol, elle tient trop. T‘y comprends quelque chose toi. »
-Gorgâni: «  Lucio, pour la peinture à l'huile, ce que tu as fais c'est bien. Mais pour la rampe, combien de pot as-tu utilisé. Avec un pot on doit couvrir au moins neuf mètres carré. Dis! Combien? »
-Lucio: « Ben! Je ne me r'appelle plus. Tant que tout n'était pas couvert, j'en ai remis. Mais je te rassure, j'ai arrêté une fois que la rampe a été entièrement couverte. Après, sur le plat, ça ne s'étale plus aussi bien. Et puis, comme tu m'avais dis de laisser l'autre con le faire, je t'ai écouté pour une fois. »
-Gorgâni: «  Moi, les gars, je vous préviens. Si je bouffe tout le bénéfice dans la marchandise, vous n'aurez pas de paye. »
-Lucio: « Tiens, puisque tu en parles justement, il me faudrait un acompte. J'ai mon loyer à payer ce soir. »
-Gorgâni: «  Ricci! Tu peux me dépanner de trente sacs, je te les rendrais avec ta paye. »
-Ricci: « Je veux bien, mais attends que j'ai payé le repas pour voir ce qu'il me reste. Marc! Tu nous dis combien je te dois pour tout ça? »
Une nouvelle tête faisait son apparition dans mon tapis. Je ne l'avais encore jamais vue, mais il me fit tout de suite une drôle d'impression. On aurait dit qu'il était de la cloche. C'était un grand escogriffe d'une soixantaine d'année tout ratatiné. Il portait un vieil imper gris clair, élimé et à l'aspect douteux. Il avait un visage émacié, blafard, aux grains granuleux. Un nez fin et interminable pointait vers l'avant de son visage de fouine, et finissait par une pomme d‘arrosoir rouge écarlate, piqué par de gros points noirs. De larges carreaux lui pinçaient les narines, et tombaient juste en dessous de petits yeux marron de cochonnet lubrique. Une barbe de trois jours lui grignotait la trogne. Il s'avançait vers le comptoir, en balançant ses longs bras vers l‘avant. Il semblait rechercher quelqu'un. Je fis comme si je ne l'avais point vu, mais je réagis quand il m'interpella rudement: « Loufiat! À boire! J‘ai soif, merde!» Je m'avançais vers lui le regard noir. Celui là, pensais-je, il allait repartir aussi vite qu‘il était venu: « Oui! » Lui lançais-je sèchement.
« Un guindal de rouquin gouleyant, j'ai la rigole irritée. »
-Marc: « Pardon! Je ne comprends pas! »
-Le client: « Du jaja, tu piges? J'ai soif. »
-Marc: « Du jaja? Monsieur veut certainement dire un verre de vin rouge. Oui, je vois. Nous avons de la côte du Rhône, du bordeaux château, du beaujolais village... »
-Le client: « T'as pas de l'étoilé, du douze degrés, même du râpeux, de celui qui vous ramone toute la tuyauterie. J'ai soif. »
Il ouvrait une large bouche molle, d'où émergeaient, tels de sinistres récifs, quelques dents éparses.
-Marc: « Je suis désolé Monsieur, mais je n'ai que de l'A.O.C. Regardez derrière vous, vous avez la carte des vins et les prix. Autrement, vous avez un petit bar de l'autre côté du marché, il est très pittoresque, je suis sûr que vous y trouverez les produits que vous recherchez. »
-Le client: « Ouaih! Je suis sûr qu'ailleurs, je ne trouverais pas pire. Tout le monde n'a pas la malhonnêteté comme fond de commerce. Malheureusement, c‘est ici que j‘ai rencard. »
Le mendigot n'avait comme même pas dans son esprit embrumé, l'idée de faire de mon bistro son quartier général. Ses rendez vous d'affaires, il allait retourner les faire dans le métro. Une couleur pourpre me montait aux joues. L'idée de retirer mon tablier, de faire le tour du bar, de le virer par la peau du cul et de le foutre dans le container poubelle de l'immeuble me démangeait.
-Le client: « La Madelon! Tu me le sers ton coup de jaja? Ou pas. Je n'ai pas l'intention d'acheter ton bouclard, il est trop pourrave pour moi. Eh! Pendant que t'es encore debout et un tant soit peu réveillé, dis moi si t'as vue Berni dans les parages. Il me file toujours rencard dans des endroits pas possibles.»
-Marc: « Berni! Vous avez rendez vous avec lui? Il était là il y a peu, il va revenir. Vous le connaissez? »
-Le client: « Tu es perspicace toi, cela ce voit tout de suite. Tu comprends vite dés lors que l‘on t‘explique longtemps. Alors fais voir si t'as retenu la leçon. Eh! La Madelon! Ressert moi donc à boire. Je te préviens qu'avec moi, t'aurais mieux fait de me laisser la boutanche à portée de la main. Sinon, je vais te déranger toutes les cinq minutes. Te fais pas de mouron, je tiens les comptes. Quand tu mireras le Berni, tu lui diras que je suis là. Je suis son tarin d'or. C'est bon! T'as compris? Je ne te retiens pas davantage. Tu as certainement du travail qui t'attend. »
Je l'avais servi, bien que je sache que je n'aurai pas dû le faire. Je l'avais resservi et je lui avais même laissé la bouteille sur le zinc. Que m'avait-il pris? Peut importe, le moment venu, il me réglerait l‘addition avec les intérêts. Maître Henri qui sirotait son pastis respectueusement, sans rien dire, assis à côté de lui, ne put s'empêcher d'intervenir: « Bonjour, excusé moi si je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais j'ai cru entendre le nom d'un de mes plus cher ami: Berni. Je vous dis cela, justement parce qu'il m'avait fait part de son rendez-vous avec vous, pas plus tard que tout à l'heure. Rassurez-vous, vous ne vous êtes pas trompé d'endroit. Il ne tardera plus. Dites moi donc, puisque nous avons quelques minutes devant nous, c'est vous son prestigieux nez?  C‘est un don, ou cela s‘acquiert ?»
-Le client: « Appelles moi donc Philibert, mon gros, puisqu'on en est au stade des confidences. Ouaih! T'as vu mon blair? Dis! Si ça, ce n'est pas de l'innée, j'ai rien compris à la théorie de Darwin. Mais, ce n'est pas tout, il ne suffit pas d'avoir l'outillage, encore faut il savoir s'en servir. Moi, ma passion, cela a toujours été le vin. Mais pas de la vinasse de rade à trois balles. Non! Moi mon trip, c'est les grands crus: château Yquem et tout le tralala. Mais moi, monsieur, je ne crache pas après: je le bois. C'est une passion onéreuse qui ne peut pas s'envisager sans sponsor. Les vinassiers ne sont pas tous des rupins. »
Maître Henri paraissait autant amusé que réservé. Je pense qu'il avait la même idée que moi sur cette personne étrange. Nous nous imaginions, peut être à tort, qu'un parfumeur devait être obligatoirement distingué, voir même quelques peu maniérés. Là, en revanche, à part renifler quelques relents nauséeux dans les décharges public, nous ne voyions pas très bien ce qui aurait pu le motiver.
-Maître Henri: « Vous avez dû certainement faire de longues études, pour en être arrivé là aujourd'hui. »
-Philibert: « Regardes par exemple le tire boyau que l'on m'a servi. Eh bien! Je peux te dire tout de suite, qu'il y a du merlot, du grenache et du carignan. On y a rajouté du souffre et un peu de sucre. Ce vin n'a guère plus d'un an d'âge, et pour couronner le tout, il a dû probablement séjourner dans un hangar. Il a prit le chaud, et aussi le froid. Pour faire un vin chaud, pourquoi pas, mais pour le boire nature, faut avoir un estomac bétonné. »
-Maître Henri: « Et pour discerner les fragrances d'un parfum? »
-Philibert: «. Ça, c'est une autre histoire. Je me suis passionné pour les parfums grâce à ma passion pour le pinard. J'avais acheté la collection complète de Larousse sur le vin. Parmi les accessoires fournis, il y avait un coffret avec plein de petites boites étiquetées. Dans chacune d'entres elles refermaient une odeur bien définie. Dans l'une c'était la vanille, dans l'autre la cannelle, une autre c'était la pomme. Tu vois mon gros, j'ai appris tout seul comme un grand. »
-Maître Henri: « Je me présente: je m'appelle Henri de Frontigac des Combes de la roche Aubrais. Mais appelez moi donc Henri, ce sera plus convivial, et cela me ferait tellement plaisir. »
-René: « Ouaih! Tu peux aussi l'appeler Maître Henri, il adore ça. Il fait partie de la haute société si tu vois ce que je veux dire »
-Philibert: « Je connais Berni depuis au moins vingt piges. Nous nous sommes rencontrés chez les condés. Moi, j'avais été emballé pour ivresse sur la voie publique. Ils m'avaient foutus en garde à vue. T'imagines les cons, ils n'ont que ça à foutre. Pendant ce temps là, les gangsters peuvent rigoler. Berni, lui, avait été arrêté pour grivèlerie. Tu vois les tauliers de bistro, la reconnaissance qu'ils vous portent. Tu y lâche ton osier à longueur d'année, et quand ils t'on mis dans le besoin, ils ferment l'ardoise et vont la déposer aux condés. On a été relâchés trois heures après. Comme on avait rien eu à boire pendant toute notre détention, on est parti fêter notre libération au bistro du coin. »
-Maître Henri: « Je crois que vous êtes en affaire actuellement. »
-Philibert: « Ouaih! Je te crois mon gros, l'affaire du siècle. On va tous les baiser ces cons. »
-Maître Henri: « Et bien, cela m'a fait plaisir de vous rencontrer. Mais je dois vous laisser maintenant, j'ai à faire. »
-Philibert: « J'ai droit à un verre mon gros? Tu fais péter ta tournée? J'ai soif à force de te parler. Qu'est-ce que tu bois? De l'anisé? Mais quelle merde que tu t'envois. Je suis sûr qu'entre la cigarette et le pastaga, t'a perdu le goût et l'odorat. Moi, faudrait me payer pour que j'en boive. »
Maître Henri, stoïque, relevait ostensiblement une de ses fesses sérénissimes, et lâchait un de ses pets tonitruant dont il avait le secret, en se sentant obliger de rajouter: « Qui pète et rote: bien se porte. »
-Philibert: « Oh! Mon salaud, ne me demande pas de te dire ce que tu as bouffé hier soir. Quelle infection! Toi, t'es un drôle de zozo. Allez, remets ta tournée pour te faire pardonner. Ça, ce sont des trucs à me faire perdre mes facultés. »
-Maître Henri: « Cela aurait été avec plaisir, mais le devoir m'appelle. La prochaine fois, qui sait. Je vous souhaite toute la réussite dans votre entreprise, qui ne saurait tarder d'après moi. »
Maître Henri descendait de son tabouret avec élégance. Il remettait les pans de sa chemise dans son pantalon, se caressait le ventre. Après avoir remis son nœud de cravate d'équerre, et sa pochette comme il faut, il se dirigeait vert la sortie d‘un pas digne. René qui avait pris le temps de payer son verre: lui, il payait cash, le suivait deux mètres derrière. Près de la porte, Jacques se retournait pour saluer son vieil ami: « Salut Henri! Ça va? Oui? C'est parfais! Ce n'est pas la peine de me remercier, tu sais. Je suis là pour ça. »
-Maître Henri: « Non ce n'est pas la peine, je le sais, à ce soir. »
-René: « Salut Jacques, ça va comme tu veux ? Peut importe d'ailleurs! Tu nous excuseras, mais on y va, on est déjà en retard. »
-Jacques: « Ils sont gonflés mes potes quand même. »
Il y avait la crémière attablée en terrasse, à ses côtés était assis Yousouf. Elle avait la beauté et la fraîcheur d'une jeune fille de vingt cinq ans. Elle s'appelait Océane, mais moi je l'appelait Esméralda. Yousouf était un chauffeur de grande remise. Il avait le même âge qu'elle. C'était un grand costaud, un macho pas possible. Il roulait sans cesse sa caisse. Il aimait briller aux yeux d'Esméralda. Ce couple...à suivre

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