La légende de la petite mer

 

 

Alconick le korrigan

extrait du roman: vieille légende Bretonne

La Gwrac'h la légende de la petite mer

La grwrac'h son histoire      

  


Écrit par Jean Claude Pothier     
13-08-2008  
 


La légende de la petite mer

                                           

        Les marches debout vivaient ici en paix, en totale harmonie avec tous les éléments de l‘univers. C’était un privilège dont-ils avaient la jouissance. En contre partie, ils se devaient d’entretenir les temples et de les protéger. Il devaient entretenir le jardin, et bien le cultiver.C’était le pays des géants, il s‘étendait bien au-delà de ce qu‘il est à présent. À l’époque, la petite mer  n’existait pas encore, c’était un territoire vallonné, à la végétation hospitalière. Une tribu d’hommes y avaient construit leur cité, et ils y avaient trouvé la quiétude. C’était aussi sur cette terre que le démiurge avait donné le pouvoir au hommes de se reproduire entre eux. Et c’est donc ici que la première mère de toute l’humanité naquit. Tout autour ce dressait des montagnes escarpées. Là, les mémoire y firent construire des mausolées pour y remercier et honorer le démiurge. Dans ces lieux saints, les marches debout y déposaient les corps de leurs défunts. C’était de long couloirs qui reliaient l’univers de la vie au monde de la mort. Ils se trouvaient ainsi plus près du ciel et de son auteur, et aussi des psychopompes qui viendraient récupérer les âmes, une fois délivrées de leur enveloppe charnelle. Chaque tribu avait son propre sanctuaire, même s’ils partageaient tous les même croyances, ils ne voulaient pas se mélanger dans l‘autre monde, de peur, peut être, d‘y rencontrer de vielles rancoeurs. La vie s’écoulait paisiblement sur cette terre bénite, et bien au-delà; du nord au sud, et sur tout le territoire Du peuple de l’atlantique. Le créateur était satisfait de son œuvre achevée, tout était en ordre. Chacun vivait en totale osmose avec la nature, et principalement ses enfants spirituels: les hommes. Ceux-ci avaient pour vocation d’apprendre la sagesse et le savoir, et de devenir à leur tour, des immortels dans un autre monde. Ce travail titanesque avait éreinté le démiurge, aussi voulut-il s’accorder un peu de répit. Il ordonnait à un de ses ministres, appelé Nuit, de lui aménager un endroit où se reposer une partie du jour. Celui-ci bâtit sa couche de l’autre côté de l’océan,  à un endroit qu’il appela horizon. Il lui aménageait aussi une partie de l’année pour récupérer, qu’il dénomma hivers, là où, il n’aurait pas trop de chose à faire. Une autre de ses ministre nommée oisiveté, avait proposé au dieu, un plan encore plus reposant, mais celui-ci, l’ayant essayé, le trouvait beaucoup trop ennuyeux pour le généraliser. Le démiurge amplement satisfait du travail de La nuit, prit du goût à ses nouveaux horaires, et décidait, comme tout semblait bien se passer, de déléguer un peu plus de son autorité à tout un ministère. Chacun d’entre eux s’adjoignant un domaine dans lequel il excellait le mieux. Mais vous connaissez la suite, la ministre Oisiveté, débouté de son projet, vexée, refusa dès lors, tout excès de zèle. Elle passait tout son temps à flâner de ci de là, fuyant toute activité. Elle croisa un jour un des ses collègue, qui pourtant avait fort mauvais caractère, et se laissa séduire par lui. Ils eurent ensembles, toute une ribambelle de garnements, plus terribles les uns que les autres, que l’on appela les fléaux. Ils se déversèrent sur toute la terre dans un vacarme épouvantable et la ravagèrent. Le démiurge réveillé par tout ce grabuge, se fâcha tout rouge lorsqu’il s’aperçu de ce qu’il était advenu de son œuvre; alors excédé, il décidait d’effacer cette erreur, et de noyer son ouvrage sous des trombes d’eau. La mer montait et montait encore, les hommes dévoyés tentèrent de se sauver. Ils enterrèrent avant de partir, pour ne pas se charger trop, toutes leurs richesses accumulées, ils reviendraient les rechercher plus tard, quand les eaux se seraient retirées; et ils montèrent dans leurs bateaux, là où, ils se croyaient être en totale sécurité. Tandis que d’autres, restés fidèles, sous la conduite de la mère originelle, montèrent prier dans leur sanctuaire. La Grwac’h aimait la vie pour l’avoir si souvent enfantée, et se voyait déjà toutes les perdre. La vieille, comme l’appelaient ses enfants, était restée fidèle à son unique amant : le soleil; et pourtant, cela faisait longtemps qu’il paraissait l’avoir oublié. Les titans, dans les abysses des océans, maintenaient la terre à bout de bras au dessus des flots, mais la mer montait si haut, qu’à la fin, ils durent choisir entre la fuite, ou se noyer. Seul l’un d’entre eux, qui avait passé toute son existence ici, nourri d’offrandes et de prière, était devenu suffisamment grand pour espérer échapper à la noyade. La mer se répandait, et montait encore; elle s’engouffrait entre les cuisses du colosse, et continuait de monter encore, jusqu’à sa poitrine, puis jusqu’à hauteur de ses bras levés. Mais il résistait malgré tout cela. Le démiurge ne comprenait pas que l’on puisse lui tenir tête. Il fulminait de rage, il lançait des éclairs qui déchiraient le ciel dans toutes les directions, il vomissait des montagnes de feu, il déversait déluge sur déluge, comme s‘il s‘agissait de simples seaux d‘eau. Une eau noirâtre et âpre, au relent pestilentiel, impropre à la consommation recouvrait à présent toute la terre. Même les poissons s’asphyxiaient et les oiseaux, au plus haut des cieux, se noyaient sous la montée des eaux; alors, que vous dire de ceux qui avaient préférés partir en bateaux, les vagues les rattrapèrent et les écrasèrent contre la voûte céleste, comme de vulgaires insectes nuisibles. Mais le géant, quand à lui, tenait toujours bon. Alors, comme cela ne suffisait pas, Dieu se mit à secouer les fondements même des océans; mais rien n‘y faisait, le géant chancelait, titubait, manquait de tomber à chaque instant sous chaque poussée, mais réussissait quand même à tenir debout. Alors le démiurge sortit des eaux et se dressa bien droit sur ses assises, aussi haut qu’il le put, brandissant sa hache symbole de la justice souveraine au dessus de la tête de l‘insoumis. Il allait pourfendre cette résistance en deux pour bien démontrer qui était le dieu suprême. Mais, alors que tout un chacun aurait déjà depuis longtemps capitulé, demandé grâce, paralysé de peur et d’effroi, ce géant ne bronchait pas, pire il souriait. Alors, intrigué par autant de volonté, Dieu se penchait pour voir laquelle de sa création avait autant de courage. Le géant avait la tête sous l’eau depuis longtemps, il n’avait plus que les bouts de ses doigts qui émergeaient. Il maintenaient fermement hors de l‘eau, un petit lopin de terre. Pas de doute, le géant était mort, mais il conservait cet air apaisé qu‘ont les braves qui ont réussi leur mission. Le démiurge se penchait encore pour mieux voir, cela  le taraudait : comprendre pourquoi jusqu’au bout, ce géant valeureux, avait voulu sauvegarder cette petite portion de terre, plutôt que d‘essayer de fuir. Il se penchait encore, et là, il vit, entre des arbres déracinés, jonchant pelle mêle le sol, entre des ruines de pierres effondrées d‘un mausolée, une partie de son peuple agenouillé le prier. Il reconnu en la prêtresse qui haranguait les fidèles, celle qu’il avait autrefois aimé: comme elle avait changé ! Jadis elle était si jeune et si jolie, maintenant elle était si vielle et si vilaine. Ce n’était pas possible ! La Gwrac’h levait la tête et aperçu à son tour son ancien amant, elle lui sourit. Une larme coulait sur sa joue flétrie, puis une autre larme, puis un flot de larmes lui lavèrent le visage de toutes les épreuves qu’elle avait dû subir pour parvenir jusque là, et elle retrouva alors, l’apparence quelle n’avait jamais oublié d‘elle, celle de sa jeunesse. Elle lui dit:-« bonjour ! Alors, tu es de retour ? Tu es venu te rendre compte combien ton absence nous avait manquer ? Regardes ! Regardes le nombre d’enfants que j’ai mis au monde pendant que tu n’étais pas là. Regardes ! Regardes le nombre de tes enfants que j’ai aidés à traverser cette vie. Tous sont passés dans ce monde, ont vécu ce qu’ils avaient à vivre, et ont eu tout le loisir d’admirer ton œuvre avant de repartir tenter d‘en créer un ailleurs. Tu vois ! Je ne te t’ai point trahi, bien au contraire. Je suis la continuité de ton ouvrage. » Le démiurge connu alors la modestie, et admit sa faiblesse et ses erreurs. Il décidait alors de tout remettre en ordre sur cette terre, à part bien sûr, les territoires souillés par les misérables, ceux qui avaient préférés y enterrer les choses matérielles, plutôt que d’essayer de le convaincre de sauver leur âme. Ces terres resteraient immergées pour toujours. La Gwrac’h fut chargée par le démiurge de continuer son travail, celui qu’elle n’avait jamais cessé de faire : prêter à chaque nouveau né une vie, l’aidée à ce qu’elle soit correcte, la plus longue et la plus enrichissante que possible, puis le moment venu, la récupérer et l’échanger contre une éternité. Toutes fois, à celui qui l‘aurait suffisamment mérité. Néanmoins, chaque vie qu’elle offrirait, connaîtrait un jour la vieillesse, en mémoire de la patience et de la sagesse de la mère originelle : tel un fruit mûr qui n‘attend plus qu‘à être cueilli. Les hommes, pour remercier le démiurge et faciliter sa tâche, lui érigèrent avec les corps pétrifiés des géants décédés, des rampes d’élévation qui l’aiderait à se hisser au zénith de son royaume. Ces rampes partiraient doucement de son ermitage hivernal pour s’élever très haut dans son empire d’été. Depuis, cette terre a toujours été sacré et vénéré, même par tous ces envahisseurs et leurs guides spirituels. Il parait qu’ils y trouvent l’inspiration, à travers tous les corps des géants pétrifiés. La Gwrac’h et son culte c’est répandu sur toute la péninsule. Elle détient le traité qui noue l’humanité au divin, la liste des lunaisons, symbole des saisons et de la vie qui s‘écoule. Tous les noms des vivants sont inscrits dessus, du jour de leur naissance à la date de leur passage dans l’autre monde. Elle ne sait encore jamais trompée, et n’a encore jamais oublié personne : excepté peut être, quelques mémoires…  

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