petit matin

 Extrait: Le druide a accepté de prendre sous sa protection le jeune indigène. Bien que l'envie de le trucider le démangea. Mais ce jeune était métissé, et par certains aspects, il lui rappelait son jeune fils, kidnappé il y a plusieurs années de celà, par une bande de Faïnoux

Déjà que je mange à l'oeil, en plus je ne fait rien, si je commence à draguer sa fille, il risque de l'avoir mauvaise

    La nuit était tombée depuis fort longtemps, et une pluie fine et glacée tombait comme un rideau tout autour de la maison. Entre les pilotis moussus et gravés de signes cabalistiques. À côté d’un foyer rougeoyant, qui répandait une chaleur humide et lourde, Miel d’automne était resté bouche bée à écouter cette épopée. Son ancien maître lui avait déjà parlé de cette autre mer du milieu, mais il n’en avait jamais imaginé l’immensité, ni qu’il y avait autant de diversité culturelle. Esméride, avait posé sa tête sur les genoux de Miel d‘automne, et somnolait. Pays quand à lui, buvait chacun des mots de cette histoire avec grand intérêt, comme toutes ces coupes de vin que l‘on lui tendait. Miel d’automne voulu prendre la parole  
pour poser une question; mais quand il interpellait l’orateur qui avait terminé son récit par un:¨ Eh !bouche de vieille!¨, celui-ci le repris sèchement. Celui qui avait été si calme depuis le début, explosait de colère, et apostrophait l’insolent avec quelques mots cinglants, puis, comme cela ne suffisait pas pour le calmer, il s’en prit à Pays. Il avait un nom honorable et n’acceptait pas qu’un jeune blanc bec l’insulte de cette façon. Pays calmait aussitôt le jeu par un sourire et par une de ses bonnes formules. Miel d’automne était devenu blême, surpris par cette saute d’humeur inattendue. Il n‘avait pas l‘impression d‘avoir été insolent. En revanche, il se sentit gêné, à ne savoir où se mettre, par la réplique fusante de Pays à l‘encontre de son vieux compagnon. Cette répartie acerbe et crue, tomba comme le plat d’une main sur le coin d’une joue, et fini comme une caresse. Ménégidksos rigolait de nouveau franchement à cette attaque verbale qui en aurait fâché plus d‘un. Miel d’automne ne comprenait rien, à part que certaines choses pouvaient être dites par l’un, et interdites à d’autre, question de primauté peut être. Miel d’automne fut incroyablement surprit de voir de la part de ce rustaud de Pays, autant de charisme et de force de persuasion, aussi décontractés que convaincantes. L’instant fut bref mais intense, et tout de suite passé et oublié. Les deux hommes s’esclaffèrent et trinquèrent pour fêter l’incident. Esméride s’était redressée, réveillée par le bruit de l’altercation. Elle parcourait, d’un regard ensommeillé, l’assemblée, l’air hébété. Le personnage à la barbe noire bouclée, qui se tenait assis derrière Ménégidksos depuis le début, sans piper mot, se mit à rire par pur mimétisme; et continuait inlassablement, à encocher, l’air grave, des petites tablettes d’argile. Les coupes de vin passaient de main en main au dessus des têtes, aspergeant abondamment au passage les convives.  L’ambiance fraternelle et conviviale réunissait les esprits. La pluie tombait, les coupes se vidaient, le temps passait. Finalement, profitant d’une accalmie, Pays suivi de Miel d’automne et d’Esméride rentrèrent à leur campement. La nuit était douce. Flénérick les attendait l’air furieux, il arpentait les allées entre les chariots, mais n’osa rien dire, Pays avait été là pour protéger sa fille et il avait en lui une totale confiance. Et de plus, il se trouvait ici en territoire sacrée, et ne voulait pas donner l‘impression de manquer d‘autorité vis-à-vis de sa fille auprès de ses pairs. Chacun retrouvait sa couche, Esméride dans le quartier des femmes, Pays se couchait à même le sol, les bras en croix, jambes écartées, en pleine allée, et Miel d’automne trouva sa place sur le chariot du druide, entre des sacs et des couvertures, des cages à volaille et des clapiers.  
    Le lendemain matin se pointait à toute vitesse, et réveillait les trois noceurs, à l’instant même où ils venaient à peine de trouver le sommeil. Ils se levèrent sur le champs, croyant la fin du monde arriver. L’agitation générale du camp dans un bruit tonitruant, repoussait chacun des trois larrons, dans un coin tranquille du campement, là, ils se retrouvèrent comme par hasard, et ils en furent ravis. Ils conservaient encore à l’esprit les images homérique du récit de la soirée, et aussi une certaine migraine, mais ce dernier point était principalement dû à l‘abus de vin frelaté. Ils leur tardaient de rediscuter de ces gens et de leur épopée. Dans la matinée, après le petit déjeuner, comme ils gênaient toujours, où qu’ils puissent se trouver. Esméride n’était pas disposée à faire quoi que ce soit pour donner un coup de main à sa mère, Pays avait quelqu’un à voir d’urgence, et Miel d’automne voulait absolument voir la mégalithe de près, et aussi s’enquérir de sa nounou: ils s’éclipsèrent sans rien demander à personne. Esméride empruntait une grande étoffe de lin blanc de son père, et la proposa à Miel d’automne pour s’en revêtir. Ses habits d’origine étaient beaucoup trop…primitives et beaucoup trop voyant dans cet environnement civilisé, selon elle. De plus, ils ne sentaient pas bon. Miel d’automne ne partageait pas du tout le même point de vue, mais obtempérait finalement pour obtenir la paix. Esméride le déshabillait en lui tirant ses affaires par-dessus la tête, comme on dépiaute un garenne. Miel d’automne protestait, il pouvait très bien le faire tout seul : quand même ! Elle exagérait. Esméride sortit de dessous un chariot un seau d’eau et une brosse en crin. Elle se mit à le nettoyer comme si c’était son cheval.  Elle avait piqué un morceau de savon à sa mère, c’était une fabrication maison à base de suie de cochon. Elle le brossait énergiquement, comme si elle s’imaginait pouvoir faire disparaître tous ces tatouages. La brosse laissait sur le corps de longues traînées sanguines. Puis, à demie satisfaite, elle lui balançait le contenu du seau glacé en pleine face. Enfin, elle le bouchonnait avec une poignée de paille. Esméride lui tendait ensuite l’étoffe, et lui montrait comment s’enrouler dedans: d’abord s’en faire un pagne, puis s’en recouvrir le dos, bien le drapé sur l’épaule, le laisser retomber négligemment sur le torse, le reprendre, et le passer sous l’aisselle pour le faire remonter sur l’autre épaule. Elle lui attachait même ce dernier pan avec une fibule en cuivre représentant une abeille les ailes déployées. Elle faisait cela avec beaucoup de goût; Miel d’automne se rappelait sa nourrice quand elle le lavait tout nu devant la maison, et peu importait les passants. À l’époque cela ne le gênait pas le moins du monde, les adultes aussi se baignaient nus quand il faisait beau dans la rivière : mais ici, devant cette étrangère, cela le dérangeait beaucoup. Il ne savait pas pourquoi exactement, peut être la peur d’être surpris par le père. Il n’aurait probablement pas été content du tout. Ils ne faisaient pourtant rien de mal. Elle le troublait, elle aurait pu être sa sœur ou sa tante, mais il ressentait en lui le pourpre lui monter aux joues dès que les mains de son hôtesse le frôlaient. Elle ne semblait pas vouloir s’apercevoir de son émoi, et elle continuait de ses petits doigts à réajuster son habit, à faire un joli pli par ci, donner de l‘ampleur par là. Elle lui donnait aussi une paire de jambière en peau d‘urus, auxquelles son père tenait beaucoup, et une toque en peau d‘ours brun. Elle lui donnait aussi une large veste mêlée de cuir et de fourrure, malgré la venue des beaux jours, la température était fraîche. Miel d’automne se demandait s’il pouvait prendre tout cela sans la permission de son hôte. Mais oui, t’en fait pas, je suis comme même sa fille, lui avait-elle répondu comme pour le rassurer. Mais au contraire, cela l’inquiétait davantage. Habillé de cette façon, il aurait pu très facilement passer pour quelqu’un du cru, si ce n’était son visage atrocement scarifié, qui donnait à ses airs quelque chose d‘étrange. Miel d’automne voulait remettre son plastron de chapelets par-dessus son habit, mais Esméride s’y opposait; en revanche, elle lui montra comment accrocher son couteau en hornblende verte translucide dans un revers de son pagne. Elle trouvait cette arme magnifique et horrible à la fois. Combien d’homme avait-il tué avec, et combien d’ours. Elle lui aurait bien donné un glaive en bronze, mais là, son père l’aurait tué pour de bon. Miel d’automne trouvait cette tenue princière, mais exotique. Esméride qui ramassait les loques de Miel d’automne, avec sa manie de tout ranger, fit tomber des innombrables poches, une torque en or ainsi qu’une broche sertie de pierreries. Que c’est joli, lui lança-t-elle en sifflant d’admiration. Où les as-tu trouvés ? Tu m’en donnes un ?
 « Je peux pas, je les gardes pour ma future femme : Fleur de rosée. Mais je veux bien te les prêter en attendant, fait y bien attention… »:
« Non, finalement ils ne sont pas si terribles que cela, vois, ils sont esquintés, rayés sur le côté, je ne sais pas au juste. Enfin, pour moi ils sont trop vieux et abîmés. Mon père me couvre de bijoux neufs : il peut se le permettre, lui… Alors tu vois, ces mochetés, tu peux te les garder. Mais pour une sauvage de chez toi, avec son emplâtre de boue sur le visage, et avec ses seins tombants sur les genoux, pourquoi pas. D’ailleurs, en y réfléchissant un peu, je me demande bien où elle pourrait s’accrocher cette broche, directement sur sa peau flétrie ? Que c’est drôle,  entre un os de poulet et un collier de grains de mais ? » :
Elle lui jetait au visage les parures dédaigneusement. Les bijoux rebondirent sur son torse et tombèrent à ses pieds. Ils s’entrechoquèrent en heurtant le sol, rebondirent deux trois fois et roulèrent dans la poussière du chemin pentu. Miel d’automne courait derrière de façon grotesque, comme s’il essayait d’attraper une volaille affolée, il s‘écriait.
« Mais pas du tout, elle n’a pas d’emplâtre sur le visage, nous ne sommes pas des sauvages enfin, mais des gens aussi civilisés que vous. En plus, elle n’a pas les seins tombants »
« Je sais bien, je plaisantait, nous n’allons pas nous disputer maintenant, juste avant de partir. Une nouvelle journée s’ouvre à nous pleine de gaieté et de grâce, ne la gâchons pas, profitons des bons moments et laissons les  
mauvais de côté. »
 Miel d’automne ronchonnait encore un peu, il ne comprenait pas pourquoi : quand il était de bonne humeur, elle faisait tout son possible pour le sortir de ces gong, et une fois qu’elle l’avait bien énervé, elle l’accusait d’avoir mauvais caractère. Elle semblait jouer avec lui, comme un marionnettiste avec sa poupée. Mais tout cela n’était pas bien grave, Miel d’automne préférait tellement être joyeux, qu’il en oublia aussitôt la raison de sa colère. Peut être avait-il eut tort, était-il maladroit, enfin : tout cela était maintenant terminé.
Pays quand a lui, restait fidèle à lui-même, il affirmait ne jamais quitter ses habits, même pour dormir, ou pour se laver. Il gagnait un temps fou de cette façon. Il pensait cela judicieux, on ne risquait pas de lui voler quoi que ce soit. Au prix que l’on vendait les étoffes, il n’avait pas intérêt à les perdre. Il parlait pourtant assez fort, mais personne ne semblait prêter attention à ses dires; aussi, de dépit, il se rabattit sur un broc d’orge fermenté qu‘il avait rangé en réserve, derrière le siège conducteur de son attelage. Il le vida cul sec. Miel d’automne rangeait ses bijoux dans le chariot, sous ses affaires. Ici il n’y a pas de voleur, déclarait sèchement Esméride qui avait hâte de s’en aller.
 Ils partirent donc ainsi, bras dessus dessous. Miel d’automne se servait de l’appui de son amie et de son long bâton pour marcher correctement.  Dans la ville, les mêmes mendiants de la veille, revinrent les solliciter de façon pressante, et tout aussi cordialement, Pays les envoyait bouler. Pays qui espérait revoir ses compagnons de travail, retournait sans attendre sous la demeure accueillante, une petite soif venait d’ailleurs lui titiller la gorge. Miel d’automne, précédé d’Esméride qui lui tenait la main, rasèrent les pilotis en accélérant le pas, lui péniblement, de sa démarche clopin-clopant. Il aurait bien voulu revoir ses compagnons de beuverie, juste pour les remercier, mais Esméride le retint. Une odeur nauséeuse mêlée de relent de boisson frelatée et de vomi tiédasse planait sur l’endroit, et agressaient tous les sens en conseillant au réfléchi de passer son chemin. La pierre se dressait maintenant devant eux, de toute sa magnificence, perçant les cieux de part en part, repoussant dédaigneusement quelques mouettes curieuses, à aller jouer plus loin. Miel d’automne parlait de sa nourrice à Esméride, mais aussi de Fleur de rosée, pour laquelle il n’avait que des louanges à déclamer. Jamais il n’avait vu pareille beauté de toute sa vie, et autant de charme. Fleur de rosée avait de grands yeux tels des papillons bleus d‘été, un petit nez coquin, des longs cheveux brun doré en natte, une peau de pêche piquée de petites taches de rousseur… Esméride coupait net cet interminable inventaire qui commençait à l’énerver sérieusement, en affirmant que pour un sauvage, même une chèvre aurait eu du charme. Miel d’automne fut surpris de cette réaction soudaine. Esméride ne pouvait pas le comprendre, et il le lui dit. Elle ne savait pas ce qu’était la véritable beauté, ici, depuis son arrivé, il n’avait vu que des mochetés… Évidemment, il ne parlait pas pour Esméride, c’était son ami, ce n‘était pas pareil; elle aussi possédait quelque chose d‘indéfinissable : du charme peut être. Pour une personne de son ethnie, cela n‘était déjà pas si mal. Comme si cela ne suffisait pas, Miel d’automne continuait : Fleur de rosée était en plus, une excellente cuisinière, oui, ici aussi on mangeait correctement, il remerciait d’ailleurs ses hôtes pour toutes leurs gentillesses, mais cela n‘était pas la même chose. Évidemment qu’il s’y connaissait en femmes…chez lui, il y en avaient pas mal. Des petites amies aussi, il en avait connu beaucoup autrefois dans son village. Évidemment ! Puisque avant de partir étudier seul dans la forêt pour une très longue période, il n’était qu’un enfant, alors tous ses camarades de l’époque avaient le même âge que lui. Ils étaient tous petits: il avait donc des petits amis et des petites amies. Une fiancée ? Oui, dès tas, enfin Fleur de rosée était la première… Non il n’avait pas eu le temps de le lui dire. Mais il était sûr de ses sentiments.  Il y avait entre les amoureux des regards qui ne trompaient pas. S’ils avaient déjà couché ensemble ? Mais oui, bien sûr, souvent, enfin une seule fois. Avant que ses parents ne viennent la chercher, ils étaient allongés l’un à côté de l’autre. Non, ils n’avaient pas eu le temps de faire quoi que ce soit ce soir là; mais la prochaine fois, sûr, il s‘y prendrait mieux. Évidemment, qu’il connaissait la vie, quelle question ! Et puis il était plus âgé qu’elle, alors elle lui devait le respect. Oui ! Il savait que les hommes devaient respecter les femmes, mais chez lui, les hommes commandaient, mais…Ici aussi, à ce qu’il avait cru voir. Oui, il reconnaissait aux femmes le droit d’exister, il ne comprenait pas où elle voulait en venir. Elle n’avait qu’à venir voir chez lui, il lui aurait montré comment le chef du village savait s’arranger de toutes ses épouses. Non, il n’était pas macho, la preuve, c’était sa nounou qui commandait chez lui. Comment ça ? Cela n’avait aucun rapport. Pour Miel d’automne, Esméride faisait exprès de ne rien comprendre, elle était de mauvaise fois; elle interprétait les choses comme elle avait envie de les entendre, et poussait Miel d’automne à utiliser des mots qu’il ne voulait pas prononcer, dans le but qu’à la fin, il ne sache plus ce qu’il voulait dire au départ. Miel d’automne et Esméride arrêtèrent de discuter, fâchés. La pierre se dressait maintenant devant eux, elle était ceinte d’une barrière de piquets qui empêchaient les curieux de trop s’approcher; ce qui n’empêchaient pas quelques dévotes, de venir s’y frotter. La pierre était, selon les croyances locales, dotée de pouvoir de fertilité et de vigueur. D’ailleurs, tous les pèlerins venaient s’y recueillir chaque année, soit pour la remercier, soit pour lui demander une petite faveur. Une foule incessante passait devant elle en permanence et déposait à ses pieds une offrande : des tubercules, des bouquets d’ache des marais, des aulx, des huîtres, des pichets de vin... Des jeunes filles se pavanaient langoureusement contre la mégalithe, elles la caressaient, l’embrassaient, elle paraissaient totalement possédées par des génies ivres de luxure. Des maîtres du culte ramassaient les présents au fur et à mesure qu’ils étaient déposés, c’étaient les mêmes qui les 

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