Encore quelques histoires...

 

 

                   
Julie   

        Je viens de découvrir à l’instant ta missive dans le fond de ma boîte aux lettres. Julie… tu ne peux imaginer à quel point ce prénom m’est agréable à lire. Il illumine tout mon cœur de joie, et irradie tout mon corps de furie. J’ai tout de suite reconnu ton écriture fine et déliée, couchée obliquement sur cette interminable page trop grande. Tu affectionnes toujours ces feuillets quadrillés, qui me rappellent tant les bancs de la communale. Julie… j’espérais cet envoi de tout mes vœux, en le redoutant davantage. Comment résister à tes mots, à tes désirs, à tes envies, moi qui avais pourtant juré d‘être fort. Julie…tu ne peux concevoir à quel point je regrette ces mots que l’on a eus la dernière fois que l’on se vit. Bien que je reconnaisse tes talents innés, et ta passion maladive pour m’enflammer selon tes humeurs, et tes caprices. Je te demande pardon pour tout. Ce jour là, tu m’avais tellement énervé, comme à l’accoutumé, que j’avais décidé de rompre une bonne fois pour toute, de couper définitivement les ponts, de fuir à l’autre bout du monde, puisque pour toi, nous ne pouvions concevoir d’autres relations, que celles que nous avions. Je n’avais rien préparé véritablement comme itinéraire, je n’avais rien prémédité, çà, je peux te le jurer, si ce n’est que je voulais aller à pied jusqu’à Lhassa, visiter les temples du Dalaï-lama, descendre vers l’Inde et poursuivre jusqu’en Chine, aux portes de la cité interdite. Un véritable pèlerinage dédié à notre amour inachevé. Mes potes ne me croyaient pas, comme à l‘accoutumé. Ils mirent cela sur le compte de la colère. Nos scènes de ménage, ils les connaissaient toutes, et ils ne voulaient plus, en s’immisçant dans nos querelles, en devenir les victimes. J’ai trouvé, en errant sans but précis, à travers les rues de la capitale qui me semblaient sinistres, une paire de pataugas dans la devanture d’une brocante. Depuis le temps que je rêvais de retrouver mes sensations de jeunesse, je n’ai pas pu résister à l’envie de les acheter. Dans le fond de la boutique, devant la caisse où je m’apprêtais à régler mon achat, j’ai découvert ce vieux sac à dos en toile de jute délavée, marqué de tous les accros, des beignes, des péripéties de la vie, qui n’en espérait plus qu‘un petit peu de répit. Alors là aussi ? J’ai craqué et je l‘ai ramassé. J’ai également acquis cette antique parka, et ce pantalon en velours marron d’un autre âge, que l’on ne saurait plus fabriquer aujourd’hui.
     Quand je suis parti de chez toi, je ne voulais plus jamais te revoir, comme à chaque fois que nous nous disputions. Tu n’imaginais pas, comme je le conçois aisément, que nous ne restions que copains. Notre ardeur enflammée refusait tout compromis. Même la simple évocation de ce grand mot, pourtant tant convoité, et combien méritoire, te mettait dans tous tes états, quand je t’appelais ma chère camarade de jeux interdit, ou mon doux secret. Se chamailler pour ces broutilles, comme c’est puéril, je l’admets, et quand tu saluas mon départ par ce « Adieu mon tendre ami » tu ne peux imaginer à quel point j’étais piqué au vif par mon propre jeu, et combien je fulminais intérieurement.
    J’ai quitté le négoce de fripes revêtu de ces guenilles que je venais de m’offrir. J’avais mis mes anciennes affaires dans la besace. J’étais sûr à présent d’être pris au sérieux par tout mon entourage, sur ma détermination à partir très loin. À un carrefour, je déambulais tel un explorateur aux confins d’une forêt vierge, quand subitement tout s’arrêta.
    Je me réveillai un après midi dans une chambre blanche, là, tout un tas de personnes s’affairaient à mon service. Je ne me souvenais plus de rien du tout, mais certains en doutaient. On m’accusait de simuler. On m’avait ramassé sur les lieux d’un braquage qui avait mal tourné. Une balle perdue m’avait transpercé le crâne, et on m’avait retrouvé dans un accoutrement quelque peu insolite, voire désuet, qui relevait plus de la tenue commando que d’une tenue traditionnelle urbaine. Même les clochards avaient une apparence plus contemporaine, et de surcroît, ces habits étaient impeccables, sans aucune trace de salissure quelconque. Pour arranger le tout, mon sac avec tous mes effets, ainsi que tous mes papiers d’identité avaient disparu. La malchance qui n’avait trouvé que moi ce jour là, ne me lâcha plus. Évidement j’étais le seul à avoir été interpellé. On me mit au secret pendant de longs mois, pensant ainsi faire réagir mes complices. On imagina à mon sujet tout un tas de scénarii tout aussi abracadabrantesques les uns que les autres : anarchiste d’une mouvance inconnue, inter mondialiste ultra politisé, révolutionnaire, terroriste…
    Julie je reconnais bien là ton style toujours aussi corrosif. Tu écris :
-« J’ai appris », comme par hasard, « que tu es parti une semaine en vacance », tiens donc, tu ne le savais peut être pas ? « Racontes moi comment cela ce passe ? » Tu voulais plutôt savoir combien de temps je pourrais me passer de toi ? Ou bien peut être, si j‘étais accompagné. « J’attends ta réponse , mon tendre ami… », moi aussi, j’aurais souhaité te voir, te lire, et te répondre plus tôt.
    La police a fait des recherches partout, mais n’a pas trouvé la déclaration de disparition de ma personne, que tu avais faite au commissariat du quartier. Évidement, j’avais fait part à tout mon entourage, de même qu’à toi, de mes intentions de voyager à l’autre bout de la terre. Aucune loi n’interdit à quelqu’un de majeur, de partir là où il le veut. Finalement, les enquêteurs ont lancé un appel à témoins, en diffusant mon portrait dans la presse. Mes parents, mes amis, mes voisins ont répondu en me reconnaissant. Sauf toi, tu n’étais déjà plus là. Tu avais décidé de me retrouver là bas, en Inde ou en Chine, dans un temple du souvenir ou un sanctuaire voué à l’amour. Tu avais pris l’avion pour une destination inconnue de tous, et tu n’es toujours pas revenue. Ta lettre a mit trois ans pour me parvenir, maintenant, j’ai retrouvé la mémoire, et j’ai pu quitter l’hôpital. Ce matin, à peine rentré, j’ai trouvé ta missive dans ma boite aux lettres, qui pourtant était régulièrement vidé pendant mon absence. J’ai toujours mon manteau sur le dos, que déjà je prends la plume pour te répondre. Je voudrais me faire pardonner, effacer ces années perdues. J’enverrais ce mot avec les explications que tu attends aux quatre coins du monde, à je ne sais quelle adresse, vu que tu es partie sans en laisser. Ton appartement a été reloué depuis, c’est un couple très charmant qui l’occupe à présent. Peut être qu’un ange te retrouvera, et te livrera ce  message, et te susurrera à l’oreille de revenir auprès de moi.
    Julie, je te promets que si tu rentres, de ne jamais plus avoir de mots désagréables avec toi.

        Doverstreet le 8 nicose 2018   

                         Jean Claude Pothier

 

 

 
Monsieur Marc Lamois
 

            Monsieur le directeur général de la chaîne hôtelière: La petite sirène du bord de mer.

    Objet:                        Réclamation!

     Monsieur le directeur, nous venons de passer une semaine de vacance dans l’un de vos établissements que nous ne sommes pas prêts d’oublier de sitôt. À vrai dire; c’était une véritable semaine de merde!
    Cela ne ressemblait en rien au descriptif publié dans votre catalogue, ni à nos espoirs. C’est pour cette raison que j’interviens auprès de vous, afin de bénéficier d’un dédommagement à la hauteur du préjudice subi. Je ne vous rappellerais pas vos devoirs et obligations, et tous les moyens que la loi met à la disposition des consommateurs, afin de faire respecter leurs droits.
    1er: Quand nous avons atterri à l’aéroport de Pissedru, nous nous attendions à trouver une météo plus propice. Avouez que pour un pays réputé chaud, il y faisait plutôt froid, et pluvieux… Premier désagrément, nos valises ne nous avaient pas suivi jusqu’ici. Où étaient-elles passées, mystère et boule de gomme. De surcroît, personne n’était venu pour nous accueillir afin de nous transférer jusqu’à notre hôtel, et impossible non plus de trouver dans l’annuaire, le numéro de téléphone de l’hôtel. Finalement, nous avons décidé, ma femme et moi, de prendre un taxi. Cela dit, entre nous, cela nous a permis de bien visiter la ville. Le taxi ne connaissait pas votre établissement, alors nous avons fait tous les hôtels de bord de mer: en vain. Finalement, la nuit tombante, le taxi a décidé de visiter les établissements de l’intérieur des terres, et il pleuvait toujours. C’est au beau milieu de la nuit, que nous avons finalement réussi à tomber dessus, et totalement par hasard, je dois vous l‘avouer. Pas étonnant que nous ne le trouvions pas dans l’annuaire, sur le fronton de l’établissement était écrit en grosses lettres, à moitiés rongées par la rouille: Le bar des bons amis. C’est en dessous, et en beaucoup plus petit, que l’on peut voir l‘attachement de l‘établissement à la chaîne de La petite sirène. La course nous a coûté une fortune, nous n’avions pas assez de liquidité sur nous (le taxi ne prenant pas les chèques), alors, ils nous a fallu trouver un distributeur de billets en état de fonctionner, ce ne fut pas chose facile, je peux en témoigner. Je ne pourrais pas dire exactement combien le chauffeur nous a pris, j’ai dû mal à convertir, mais ma carte bancaire a rougi.
    2ème: La nuit, on ne se rend pas vraiment compte, surtout sous une pluie battante. Le lendemain, il pleuvait toujours, mais à la lueur du jour, nous nous sommes aperçu que l’édifice, malheureusement, ne correspondait pas à la photographie du dépliant. Cela avait plutôt l’air d’un bar tabac, que d’une petite sirène, vous voyez ? Le réceptionniste, qui se trouvait attablé avec ses amis autours d’un apéritif, et d’un jeu de carte, a finalement, à la fin de sa partie, accepté de s’occuper de nous. Il nous a expliqué que la même photo servait pour présenter tous les autres hôtels de la chaîne. Je regrettai à cet instant, d’avoir déjà payer d’avance toute la semaine à Paris. Le réceptionniste qui faisait aussi office de gérant, nous a expliqué que pour toute réclamation, ou demande de remboursement, ou dédommagement, il fallait voir cela, là où j’avais payé mon voyage. Lui, n’avait rien à voir avec tout ça, et il n’avait aucun argent à nous rendre. Il s’en battait même les couilles (sic…).
    3ème: La mer qui devait s’étaler sous nos fenêtre, se trouvait en réalité à plus de huit kilomètres, et encore, à cet endroit, il n’y avait pas de plage, mais des rochers escarpés. Une plage digne de ce nom se trouvait à vol d’oiseau à une heure trente d’ici. Le taxi de la veille est revenu prendre de nos nouvelles, quel personnage charmant. Il nous a proposé un forfait pour nous conduire toute la semaine. Finalement, sous cette pluie battante, pas question de se baigner, ni d’aller où que ce soit. En plus, comme toutes nos affaires de bain se trouvaient on ne sait où, nous avons décliné cette offre si généreuse. Le taxi est revenu nous relancer chaque jour. Il nous racontait que les temps étaient durs pour lui, et toute sa nombreuse famille. Nous lui avons finalement donné un petit quelque chose pour: qu’il nous lâche les basques! Comme il pleuvait toujours, et qu’il ne faisait pas chaud ( Nos pulls étaient restés dans nos valises, et nous n’avions sur le dos que des chemisettes et polos) nous avons passé tout notre séjour attablé à l’une des tables bancales de l’établissement, à regarder les clients jouer aux cartes ou aux dominos.
    4éme: Notre chambre, avec vue sur le grand large, se trouvait en réalité donner sur une cour sordide, et de surcroît, elle se situait juste au-dessus des cuisines. Les odeurs de graillon ne ressemblent pas vraiment aux embruns iodés, même si la spécialité de la maison est le poisson grillé.
    5éme: la piscine soit disant Olympique, avait dû rétrécir. Elle était de surcroît remplie d’eau saumâtre. Un dépôt de mousse verdâtre aux relents nauséeux flottait à sa surface, et titillait les muqueuses; et cette pluie glacée qui n’arrêtait pas de tomber depuis notre arrivée: charmant.
    6éme: Le bar, prétendu select, était fort mal fréquenté, et je suspecte fortement que différents tarifs y soient pratiqués, selon que l’on soit touristes ou locaux.
    
    7ème: Les nombreuses activités qui nous avaient été promises étaient relativement limitées: jeux de cartes ou de dominos( et jeux d‘argent exclusivement: il va sans dire). La télévision unique de l’établissement ne servait qu’à diffuser les courses hippiques, la radio était calée sur une  station de turfiste, et le téléphone de l’établissement était en perpétuel dérangement. Avec cela, les douches étaient désespérément sèches, et de toute façon, il n’y avait pas d’eau chaude. Pour se laver, les clients disposaient d’un ballon de récupération d’eau de pluie, suspendu au beau milieu de la cour, à la vue de tous: bonjour l‘intimité.
    8ème: Le soit disant restaurant gastronomique, se résumait à une pièce sombre de six mètres carrés, enclavée entre les toilettes, l’office et le placard à balais. Trois guéridons et six chaises à l’assisse défoncée formaient le mobilier. Le menu était des plus sommaires, et toujours le même: soupe d’haricots, chili con carne ou poissons grillés. Nous avons mis toute notre bonne volonté à tenter d’apprécier la cuisine locale, résultat: six jours de turista carabinée.
    Vous comprendrez aisément qu’après avoir étrangement égaré nos cartes de crédits, tous nos papiers d‘identité, et de plus malade et sans un sou, nous avons préféré faire appel à notre ambassade pour nous faire rapatrié au plus vite. Depuis, je suis toujours interdit bancaire, car celui qui a trouvé nos cartes de crédit, ne s’est pas gêné pour s’en servir ( une question me taraude, comment a-t-il pu dénicher nos codes confidentiels) C’est peut être quand j’ai voulu régler mes frais de bouche à l’hôtelier, que quelqu’un de la nombreuse clientèle présente à cet instant au bar, aurait pu lorgner les chiffres que je tapais sur ce foutu terminal bancaire, visé au beau milieu du comptoir.
     Comme le fait de nous rembourser notre séjour ne vous semble pas envisageable, je vous propose, pour solder notre différent, d’accepter de recevoir gracieusement, deux très grands amis à moi, qui rêvent de dépaysement. Depuis le temps que j’attendais de leur rendre tout le bien qu’ils pensent de moi,. N’hésitez pas, faites comme pour moi.
(P.S. ils raffolent de poissons grillés et de chili con carmé bien relevé)
     En espérant une réponse favorable, je vous prie d’accepter monsieur, l’expression de mes sentiments dépités.

 

                        Marc Lamois
                                  
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